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Un Homme est mort

Histoire sociale

Les BD didactiques méritent quelquefois le détour comme le prouve «Un homme est mort» de Kris et Etienne Davodeau (aux éditions Futuropolis) : un émouvant hommage aux mouvements sociaux qui évoque les affrontements de 1950, entre les syndicalistes C.G.T. de Brest et les forces de l’ordre.

La guerre est terminée depuis 5 ans mais certaines villes ont été dévastées et il faut tout reconstruire. Des milliers d’ouvriers sont embauchés et les syndicats demandent des améliorations de leurs conditions de travail. Ils ne les obtiennent pas : alors, c’est la grève ! La situation s’envenime et les gendarmes tirent sur les manifestants, tuant un jeune homme d’une balle en pleine tête. Le cinéaste René Vautier, revenant en France par des voies détournées, n’hésite pas à répondre à l’appel de ses camarades qui souhaitent qu’il immortalise ce soulèvement.

C’est l’histoire de ce film oublié, dont il ne reste plus rien aujourd’hui alors qu’il fut diffusé plus de 150 fois sur les piquets de grève, que raconte cet album rythmé, bouleversant, profondément humain, et dont la résonance est complètement actuelle !

Gilles
25 Octobre 2006

Agrandir la couverture de Un Homme est mort

Scénariste E. Davodeau, Kris
Déssinateur E. Davodeau
Editeur : Futuropolis
Octobre 2006 - 80 Pages


A commander


De Davodeau E. :

  • La Gagne
  • Un monde si tranquille T.1
  • Un monde si tranquille T.3
  • Max et Zoé T.3
  • Rural !
  • L' Atelier
  • La Tour des miracles
  • Chute de vélo
  • Le Constat
  • Les Mauvaises gens
  • Paroles de sourds

  • De Kris :
  • Toussaint 66
  • Coupures Irlandaises


  • Interview :
  • Etienne Davodeau
  • Max et Zoé de Davodeau et Joub

  • Festival/OpaleBD
  • E. Davodeau
  • © 2006 E. Davodeau, Kris - Futuropolis

     

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    4 avis :

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    16 Janvier 2007



    PascalB

    20 Novembre 2006


    Rédaction à partir d’extraits du livre que je suis en train de rédiger sur la période 45/58 sur Brest.





    A propos des grèves et manifestations d’avril 1950, et du décès d’Edouard Mazé.


    Je crois que la façon la plus précise de se faire une idée de la réalité de cette tragédie, est de lire tout simplement les nombreux articles de presse, et notamment ceux du « Télégramme » du lendemain, relatant cette journée sanglante, et ainsi de constater la violence inouïe de la manifestation, (qui n’avait rien de romanesque), et de vérifier également une certaine vérité, qui pourrait amener les auteurs de la bande dessinée, à modifier leur titre pour « deux hommes sont morts », en sachant que le deuxième décès concernait un père de famille anonyme, oublié au panthéon inexistant de la martyrologie des serviteurs de l’ordre républicain, tombé sur le pavé de la rue Karabécam, sous la grêle des projectiles lancés par les manifestants, amnistiés à jamais par l’effet « Marabounta* » (un film très en vogue à cette époque), où on ignore la responsabilité individuelle, et où l’on hurle ou bien danse avec les loups, selon la tournure des évènements.
    Si la « Marabounta » tue, la terminologie est « voies de fait », alors que les forces de l’ordre, en état de légitime défense « assassinent »… au bilan, il y a deux morts, deux morts qui à mes yeux ont la même valeur, et pour lesquels deux familles ont pleuré…

    Parler en termes romanesques de ce drame, avec en support un film oublié, commandité à l’époque par la CGT, avec pour témoignage actuel celui d’un des protagonistes de ce chausse-trappe, député communiste et conseiller municipal, humaniste à ses heures sauf pour voter un don de la ville de Brest aux réfugiés hongrois victimes des chars soviétiques en novembre 1956, m’apparaît comme déni de vérité, d’autant que je ressens une très grande compassion pour le sort d’Edouard Mazé, (il méritait mieux qu’une bande dessinée), et que je reconnais la légitimité des revendications des salariés de ces dures années.

    On ne parlait d’ailleurs guère à l’époque de manifestations, mais de « luttes ouvrières », et même de «bagarres» : c’est par ce terme que fut qualifié le violent affrontement qui opposa les grévistes aux forces de l’ordre, dans le quartier de Coat-ar-Guéven, le jour fatidique où le jeune manifestant (26 ans) trouva la mort : alors qu’une pluie de projectiles divers (boulons, pierres, morceaux de ferraille) tombaient sur les gendarmes, et que 49 d’entre eux étaient déjà blessés, dont certains grièvement atteints, des coups de feu éclatèrent venant, dit-on, des forces républicaines, sans que l’ordre de tir ne fut donné.
    Instinct de conservation, réflexe d’auto ou de légitime défense de ces gendarmes coincés dans le piège de la venelle de Kérabécam, face à des manifestants déchaînés, ou résultat d’un tir provenant d’éléments incontrôlés ? : le drame brestois jeta la consternation sur la ville et même sur l’ensemble de la nation. Malheureusement, le jeune ouvrier reçut une balle dans la tête, et décéda à son arrivée à l’hôpital Ponchelet.
    L’autopsie du défunt révéla que cette balle aurait pu être tirée d’une fenêtre du futur hôpital Morvan, encore en travaux à cette date, et situé à quelques dizaines de mètres du lieu du drame, mais l’affaire ne semble pas avoir été totalement élucidée. Cette version, bien que plausible, ne peut convenir à la martyrologie ni du PCF, ni de la CGT, aussi, par soucis d’apaisement, les autorités et la presse oublièrent cette éventualité, déjà dans le souci du politiquement correct.
    Grièvement blessé à la suite de ces affrontements, le gendarme Gourvès, de Plougastel Daoulas, devait également mourir, ce qui confirme, si besoin était, qu’il s’agissait en l’occurrence d’une véritable émeute urbaine, et non pas d un simple défilé revendicatif « pour obtenir une distribution de lait destinée aux nourrissons », comme certains voudraient nous l’enseigner aujourd’hui.

    Pour preuve, il s’en suivi 4 arrestations spectaculaires : celles de deux syndicalistes CGT, et surtout celles de 2 députés communistes du Finistère : Marie Lambert et Alain Signor, qui écopèrent respectivement de 5 et 6 mois de prison avec sursis, pour voies de fait, et ceci en dépit de leur immunité parlementaire.
    Leur procès avait fait grand bruit : encadré par la « nomenklatura » politique et syndicale, une masse impressionnante de sympathisants, pesa de tout son poids sur le jugement, ce fut, je le pense, la plus grosse affluence que connut le petit «Palais de Justice » provisoire de la place de l’Harteloire !
    Comme toujours, en pareilles circonstances, les véritables responsables des évènements manquent totalement de courage, s’en tirent à très bon compte, et osent, plusieurs années après, tirer gloire de ces épisodes douloureux. Dans cette affaire, il conviendrait de dire : deux hommes sont morts : il n’y a pas de vie d’homme qui vaille plus que celle d’un autre.


    * « Marabounta » : énorme colonie de fourmis d’Amérique du Sud, qui dévaste tout sur son passage, et qui fait preuve d’une incroyable intelligence collective pour survivre.




    Michel CORRE


    Michel

    09 Novembre 2006



    laurent

    26 Octobre 2006


    Touchante cette histoire des luttes des re-constructeurs de Brest et du film perdu... Le dessin de Davodeau met en exergue le beau scénario, simple, sans pathos de Kris. De plus, j'adore le bonus historique, restituant cette lutte "locale" dans le cadre de la France d'après guerre. Un bel ouvrage, témoin de luttes sociales oubliées et ressucitant un film que l'on ne verra plus ...
    Diane

     

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