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La Face karchée de Sarkozy

Le premier étage de l’action, c’est la Com !

En 2098, un étudiant en sciences politique consacre sa thèse à « un des phénomènes les plus fascinants du début de notre siècle » : Nicolas Sarkozy. Sa thèse est implacable et démonte les mythes associés au personnage : si Sarkozy est bien le « fils d’un immigré hongrois chassé par le communisme », il oublie de mentionner que celui-ci était un riche aristocrate régnant sur de nombreux serfs. Si sa mère a du reprendre ses études d’avocat suite à son divorce, les enfants n’ont jamais connu la misère, vivant dans l’hôtel particulier de leur grand-père, fort de 12 pièces et suivant leur scolarité dans le cadre très sélect du cours Saint-Louis-de Monceau.

Puis viennent ses débuts en politique, particulièrement précoces, son engagement pour Jacques Chirac dès 1974, sa prise de Neuilly au nez et à la barbe de Charles Pasqua… Jusqu’à son expérience de ministre de l’intérieur et sa stratégie de conquête du pouvoir, en s’appuyant sur les media : « Il y 20 ans, on agissait puis on communiquait. Moi, je fais l’inverse. Le premier étage de l’action, c’est la com’ ! »

Estampillée « La première BD-enquête » et co-publiée par les éditions Fayard (afin d’être présente dans les rayonnages politiques des librairies et Fnac), cette Face karchée de Sarkozy ne prétend pas à l’objectivité. D’ailleurs ses auteurs n’hésitent pas en fin d’ouvrage à déclarer ouvertement leur hostilité à leur "victime" : « Sa victoire sanctionnerait davantage son désir dévorant de conquérir le pouvoir que son talent à l’exercer pour le bien commun. » Puis comme pour se dédouaner de lui avoir ouvert les portes d’un nouveau média : « L’Elysée n’est pas le château de Moulinsart. Nicolas Sarkozy doit rester dans le rôle qui lui convient le mieux : celui d’un personnage de fiction. Vu à la télé, mais pas à l’Elysée. » Une prise de position qui n’étonne pas : Riss est un dessinateur majeur de Charlie Hebdo tandis que Richard Malka, déjà scénariste de plusieurs séries BD, n’est rien moins que l’avocat du remuant magazine…

Il n’empêche, si le point de vie peut être suspecté de partialité, il fait extrêmement mal tant il met à nu les contradictions du personnage, ses petits et grands mensonges ou trahisons qui lui ont permis de se hisser dans les hauteurs de l’Etat. Lire ce livre juste après avoir vu le Chirac de Patrick Rotman n’est pas la meilleure solution pour garder foi en l’homme politique : le président et son prétendant à la succession apparaissent tous deux également pétris d’ambition et prêts à tout pour parvenir à leurs fins… Y a-t-il un espace politique pour un homme de pure conviction ? La réponse fait peur…

Coté formel, les auteurs réussissent à mener leur discours de façon enlevée et amusante, jamais pesante. Il est simplement dommage que les sources ne soient pas mentionnées ailleurs qu’en récapitulatif de fin de livre (du coup, à la lecture, on a les pires difficultés à différencier ce qui est de la pure citation de ce qui ressort de l’interprétation) et que les « entretiens avec plusieurs dizaines de personnes » réalisés par Philippe Cohen n’apparaissent jamais directement – à la différence du documentaire sur Chirac – les personnes interrogées n’ayant « pas souhaité apparaître directement. »

Un livre édifiant et agréable à lire. Mais qui pourrait être plus implacable en faisant apparaître plus directement les sources exploitées.

Vincent
22 Novembre 2006

Agrandir la couverture de La Face karchée de Sarkozy

Scénariste P. Cohen, R. Malka
Déssinateur Riss
Coloriste I. Lebeau
Editeur : Vents d'Ouest
Novembre 2006 - 156 Pages


A commander


Dans la même série :
T. Sarko 1er
T. Carla & Carlito ou La Vie de château

De Malka R. :

  • L' Ordre de Cicéron T.1
  • L' Ordre de Cicéron T.2
  • Section financière T.1

  • De Riss :
  • Bébés congelés chiens écrasés
  • C’est la faute à la société

  • © 2006 P. Cohen, I. Lebeau, R. Malka, Riss - Vents d'Ouest

     

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    4 avis :

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    11 Janvier 2007


    dans la pile des cadeaux de noel qui m'était destinée, j'ai trouvé ce ouvrage "la face etc.." ma première idée à la vue de la couverture était qu'il s'agissait d'un recueil de caricatures ou de dessins de presse sur Sarko, et cette idée n'était pas pour me déplaire.
    aprés lecture et relecture de cette BD, je reste sur ma faim.
    si la petite histoire du petite sarko mérite qu'on la raconte dans la perspective 2007, je trouve néanmoins que c'est bien mal raconté. les cases défilent sans réelle transition, sans psychologie,presque avec fainéantise. et à la fin, on s'interroge encore sur l'identité de cet homme, la candeur de ses collaborateurs, amis, hommes politiques qu\'il a trahi une fois, puis deux fois puis trois fois puis.. on ne comprend pas son succés et c'est bien çà que moi j'aimerais comprendre.
    on nous explique pourquoi il faut detester sarko (mais si l'on a acheté ce livre c'est bien qu'on ne votera pas pour lui), sans nous expliquer le phénomène sarko et en décoder le contenu !
    enfin et en guise de conclusion, l'apposition du "première bd-enquete" ne me plait guère. Et Spiegelman avec Maus, ou encore la BD "From Hell" c'était pas de la BD enquete ???


    red neck

    05 Décembre 2006


    Je ne suis vraiment pas fan de BD mais là j'avoue que j'ai été agréablement surprise et satisfaite de mon achat ! Je partage tout à fait le point de vue de lelorrain. En quelques pages, ces messieurs ont conforté mon opinion portée sur ce "petit homme à talons" (cf : libération) qui veut réussir par tous les moyens.
    Son envie de "karchériser" tout obstacle qu'il trouverait sur son passage fait de lui un danger pour notre république française !
    Si vous ne l'avez pas encore lu, achetez-le !
    Nadia
    naddou

    23 Novembre 2006


    S'il n'y avait qu'une seule chose à dire de cette BD, je dirais qu'elle sort vraiment du lot. Car si parler des (et cogner sur) les hommes politiques est devenu courant en bande dessinée, cela se fait généralement par la caricature, la fiction, ou par des allusions au détour d'une case, mais rarement par des biographies, surtout lorsque les personnes visées sont encore vivantes.
    Et c'est bien là le principal intérêt de cet album : si de toute évidence la neutralité est loin d'être ce qui le caractérise le plus, il est très documenté et révèle le parcours et la personnalité d’un homme qu’on voit partout, qu’on entend beaucoup mais qu’au fond on ne connaît pas vraiment. Il permet également de rappeler des événements qu’on avait oublié ; c’est triste à dire, mais les gens ont la mémoire courte, et beaucoup de paroles ou d’actions très remarquées lorsqu’elles arrivent tombent rapidement dans l’oubli, chassées par d’autres qu’on oublie tout aussi vite dans le flux ininterrompu d’informations dont on nous inonde.
    Il est dommage que tout n’ai pas pu être dit : par exemple, si les photos de Cécilia à New York sans son mari sont mentionnées, la façon dont Sarko a fait virer le journaliste de Paris Match qui les a pris ne l’est pas. En même temps, il n’était pas possible de tout mettre, l’album faisant déjà plus de 150 pages, et le principal y est.
    D’ailleurs, il est heureux qu’il sorte quelques jours seulement après le documentaire sur Chirac : ça permet de faire le lien, et d’avoir une vue plus large du contexte politique de chaque époque.
    Enfin, je voudrais répondre à Agacé. C’est vrai que le mépris qui entoure les bandes dessinées, vues comme un simple divertissement pas fatiguant, voir bas de gamme, est lamentable. Mais c’est peut être ce mépris pour les bandes dessinées qui a permis à celle ci d’être éditée : après tout, Sarkozy a déjà empêché la parution de livres, notamment une biographie de Cécilia, en faisant pression sur les éditeurs. Ce n’est qu’une hypothèse, mais et si c’était son statut de bande dessinée et le dédain qui va avec qui avaient permis à cet album de voir le jour ?

    LeLorrain

    21 Novembre 2006


    Bonjour,


    Une simple caresse à l'andouille qui a écrit un article dans 20 minutes sur le livre. La phrase "Ce n'est pas qu'une BD tant le travail d'enquête est minutieux" démarre sa chronique. La BD ne serait donc pas théoriquement capable de décliner ce genre de travail de qualité en temps normal...
    Le mépris se ponctue par "Une BD ? Presque une anti-profession de foi." Une BD ? Ce truc génial serait une BD ?
    Félicitations M."D.C" de parvenir à un tel niveau d'ignorance lorsqu'on traite justement du jeu de dupe auquel se livre Sarko avec les masses !
    Agacé

     

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