Comme les communistes ferment leurs lieux de culte, les juifs russes n’ont d’autre choix que d’envoyer leurs ouvrages religieux à l’étranger. Le mari de Zlabya en a du coup commandé toute une caisse, afin d’enrichir la bibliothèque de sa synagogue. Mais le contenu de la fameuse caisse est bien décevant : en lieu et place des livres tant attendus a pris place un réfugié russe qui ne parle pas un mot de français ni d’arabe…Heureusement, il existe à Alger un Russe blanc capable de leur traduire ses paroles. Et leur expliquer que ce juif ashkénaze pensait arriver en Ethiopie où il espérait trouver la Jérusalem d’Afrique…
Après moult hésitations, le chat du rabbin, son maître et les deux Russes se mettent donc en route pour une traversée mouvementée du continent à la recherche de la tribu juive d’Afrique de l’Est.
Joann Sfar est désormais un maître incontesté de la bande dessinée. Et son Chat du rabbin, son œuvre maitresse qui lui a même valu un Eisner Award aux Etats-Unis. Excusez du peu… Difficile d’en dire du mal sans risquer le ridicule. Surtout quand son album est conçu comme une habile plaidoirie « contre le racisme. » : « Pendant longtemps, j’ai pensé qu’il était superflu de faire un album contre le racisme. Il me semblait que c’était une évidence, qu’il ne fallait pas enfoncer des portes ouvertes. Les temps changent, semble-t-il. Tout a sans doute déjà été dot, mais comme personne n’écoute, il faut recommencer. »
Le talent est évident. La facilité même serait-on tenté de dire…Le dessin virevolte, se transforme au fil des pages, parfois griffures nerveuses, parfois d’une naïveté follement audacieuse, parfois jouant sur de sombres coups de pinceaux, allant parfois même jusqu’à lorgner vers Hugo Pratt. Mais pourquoi, avec tant d’aisance, rater tant de dessins ? Car le premier jet est toujours le meilleur ? Parce que, s’il devait s’astreindre à recommencer les moins bons de ses dessins, Joann n’aurait plus le temps d’assumer sa boulimie créatrice ? Toujours est-il qu’on rêve – à tort sans doute – du livre miraculeux que pourrait constituer un ouvrage sfarien sans temps faibles graphiques…
Avec la liberté qui lui est offerte désormais de filer son histoire sur 80 pages, Joann Sfar peut s’en donner à cœur joie en terme de rencontres, de scènes de discussions, de considérations philosophico-humoristiques. Pour les albums du Chat du rabbin Joann Sfar prend toujours le soin de bien boucler ses histoires. Ce cinquième tome ne fait donc pas exception. Mais tant de bons sentiments, de fins mots, de clins d’œil (tiens, comment vont réagir les irascibles éditions de Moulinsart à cette caricature peu amène de Tintin ?) peuvent finir par laisser certains lecteurs – dont votre serviteur – quelque peu de marbre… Heureusement ils ne constituent qu’une minorité…
Subjectivité de la cinquième étoile complètement assumée. Merci Monsieur Sfar de nous offrir autant de pages, de réflexions, de dessins de bons mots et d'intelligence. Même si je ne partage pas toutes vos idées, je trouve cet album évident et nécessaire, ce qui est rare. Et merde aux pisses-pétrôle ! Raleur
21 Décembre 2006
Si je ne réfute pas, moi non plus, les arguments de Vincent et reconnait que le dessin de ce tome pêche un peu -surproduction sfarienne oblige ?-, je me dois de reconnaitre que j'ai pris plaisir à voir mon chat retrouver la parole, que j'ai trouvée belle cette histoire de Jérusalem perdue, belle cette histoire d'amour, beau même le russe blanc perdu en Alger et intelligente cette histoire des préjugés croisés, de l'incompréhension partagée, de l'intégrisme de tout côté... et de l'amour qui triomphe. J'adore Sfar faux naïf, j'adore l'amour ... et le chat ! Diane
18 Décembre 2006
tous les arguments cités par Vincent un peu plus haut tiennent bien entendu la route car un avis est intéressant dans la mesure où il est parfaitement subjectif... et argumenté. ce qui est le cas. tout ce qui est dit plus bas n'est d'ailleurs pas forcément en contracdiction... sfar d'une manière générale c'est d'abord une énorme intelligence d'esprit. comment arrice-t-il dans ses BD à balancer ses dialogues, remarques, qui viennent toujours fort à propos ? cette série du chat lui permet vraiment de se distinguer encore plus que d'habitude. on dirait du ph. val (cf. préface de ce tome 5) en ... + accessible. A chaque fois on se dit : c'est foutrement juste et vrai ce qui est écrit... et c'est fin ! quant au dessin : c'est vrai qu'il fait un peu la feignasse des fois le sfar, et CA FAIT DU BIEN ! Combien de Bd ultra soignées, aseptisées, creuses... tout le monde il est beau... beurk ! toutes les scènes ressemblent à des chorégraphies ! quelle horreur. vive sfar, longue vie à son chaton et à son ouverture d'esprit. bien utile tout ça ! banoum