S.
Un père passe et manque
Gipi livre quelques bribes de la vie de son père récemment disparu. S’entrechoquent scènes racontées par son géniteur de nombreuses fois ou vécues ensemble, scènes de guerre traumatisantes ou situations d’abord anodines qui virent un temps au cauchemar… Ces pièces hétéroclites dessinent peu à peu le portrait d’un homme profondément blessé.
Gipi sait brillamment faire ressentir une scène dans ses moindres détails, en termes d’ambiances, de consistance des personnages, mais également de rythme. S. n’échappe pas à cela. Gipi y joue volontiers sur la répétition, racontant plusieurs fois la même scène, réutilisant des expressions jusqu’à les afficher dans leur plus simple appareil, dans toute leur crudité, pointant la frêle frontière qu’il y a entre fiction et réalité. Ainsi, nous ne lisons pas seulement la description des instants de vie rapportés ici, nous avons la sensation de vivre ces derniers comme si nous en étions des témoins directs et privilégiés, non pas des voyeurs, mais de véritables acteurs, attentifs et ouverts. Le dessin de Gipi, direct et engageant, sec et lumineux, et son admirable sens de la couleur et de sa juste répartition, participe pleinement de la beauté de ce récit tout en retenue et incroyablement bouleversant.
Boris
10 Janvier 2007
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Gipi
Gipi
Gipi
Editeur : Coconino Press - Vertige Graphic Collection : Moby Duck Novembre 2006 - 112 Pages
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