Super Monsieur Fruit
Mangez des pommes...
Clarque Quinte est un grand reporter sur le retour au New York Planet. Dépassé par un collègue plus jeune que lui et surement plus en forme, il se fait reléguer à la rubrique des chiens écrasés dans son propre journal. Décidé à reprendre les choses en main, il rencontre un maraîcher qui lui donne une orange à manger, une orange qui selon ce dernier, va lui donner des super pouvoirs, et l’aider à remplir une mission de la plus haute importance.
Le Seuil publie enfin l’intégral de Super Monsieur Fruit, œuvre OVNI de la bande dessinée française. Pour le coup le terme de roman graphique n’est pas galvaudé. Cet album a la densité, la profondeur, l’imagination et le culot des grands romans de notre littérature.
Plus qu’une histoire, c’est un monde que Nicolas de Crécy nous raconte, un monde absurde, un monde impossible à placer historiquement, ni géographiquement. Un monde dont les protagonistes sont extrémistes dans leur caractère, caricaturaux dans leurs excès.
Une caricature fine, réalisée à la loupe et au ciseau, avec l’aide d’une lorgnette, par laquelle l’auteur s’est amusé à regarder notre monde, et à le retranscrire à travers un découpage strict, six cases par planche (à quelques rares exceptions près). Un miroir, c’est à ça que peut faire penser Super Monsieur Fruit, le miroir grossissant de la foire du trône, qui s’applique à nous montrer ce qui ne va pas. Tous nos défauts que l’on essaie de se cacher, de planquer derrière une couche monstrueuse de fond de teint, ou une dose salvatrice de mauvaise foi. Tous ces défauts que les autres voient, mais, soit par fauxculterie polie, ou politesse fauxcul, nous cachent…
Le dessin, volontairement naïf, est extrêmement maîtrisé. On ressent à travers chaque case l’évidence des traits, comme si chacun d’eux trouvait une justification à sa présence et le noir (gris ?) et blanc sied parfaitement à l’ambiance qui transpire de l’album.
On ressort de la lecture avec en tête de vagues idées flottantes, et l’impression tenace d’avoir été ailleurs pendant la bonne heure et demie qui vient de se terminer. Comme à la sortie d’un rêve…
Un rêve prémonitoire ?
Jean-Baptiste
07 Mars 2007
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N. De Crécy
N. De Crécy
Editeur : Seuil 0000 - 320 Pages
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