Les Funérailles de Luce
Les funérailles de Luce.
La petite Luce est en vacances chez son grand père, Roger. Elle se réveille et se prépare toute seule dans la grande maison. Puis elle part à la recherche de son grand père. Il travaille dans le jardin. Elle va chercher les oeufs pondus pendant la nuit puis ils partent au marché vendre leurs légumes. Là-bas Luce rêvasse... jusqu'au moment où elle voit passer un couple bien étrange: un homme maigre et nu, à l'air sinistre, accompagné d'une petite fille dont on ne peut voir le visage car elle porte un voile qui la couvre de la tête aux pieds. Encore plus étrange: elle seule les voit !
Après le marché Luce et son grand père partent déjeuner au café avec un vieux voisin, Simon, qui n’a pas le moral car son fils ne vient pas souvent le voir. Son matou lui tient compagnie. L'étrange couple passent dans la rue. Seuls les lecteurs sont témoins de leur passage.
La vie de village se déroule: le fils de Simon s'est décidé à venir passer une journée avec son père; les hommes se regroupent pour jouer aux courses, et une femme forte et acariâtre médit sur la sympathique et discrète Madame Roserin qui passe décidément bien souvent dans la rue, et avec de jolies toilettes encore de puis que son mari est mort. Et c'est bien connu: " Les veuves, c'est des voleuses de mari ". Madame Roserin se fiche de ce qui se dit car la " France profonde" ce n'est pas son truc.
Simon, après le départ de son fils ne se contente pas de nourrir son chat: il remplit un bol de pilules et se suicide. L'étrange couple, incarnation de la mort, entre dans la maison et ferme les yeux du vieil homme décédé.
Luce est inquiète, elle voudrait savoir ce qui se passe quand on est mort. Elle explique qu'il faudrait demander à la mort de ne pas prendre les âmes des gens, comme ça ils ne mourraient pas… Mais la mort n’a pas fini son œuvre dans le village…
Cette bande dessinée est émouvante car elle ne se contente pas de nous raconter une histoire. Elle nous fait y participer par son côté intimiste. Nous sommes dans le village au côté de Luce et vivons avec ces personnages que nous avons déjà rencontrés un jour ou l’autre, lors d’un séjour à la campagne. Parallèlement à ce récit il y a Luce, Simon, Roger et Madame Roserin qui nous entraînent dans une réflexion sur la vie et la mort et qui donne à l’œuvre toute sa profondeur. Nous en ressortons avec quelque chose en plus : un peu plus de sérénité, un peu plus de force.
Le texte – uniquement en dialogues – semble même participer quelquefois au dessin car il nous laisse imaginer ce qu’il veut nous dire. Par exemple lorsqu’il est commentaire d’une course de chevaux : l’écriture serrée, les mots à peine espacés, le langage devient course des chevaux. Nous voyons presque les sabots galoper sur le sol poussiéreux. Un peu plus loin, des onomatopées nous transportent dans la vie du chat de Simon. Une page sans texte… et l’on se retrouve à côté de Luce dans la blancheur écrasante du soleil d’été, on a chaud, on entend les cigales…
Le dessin passe délicatement, doucement, sur les scènes de la vie villageoise, pour s'arrêter par moments sur des émotions, suggérées discrètement (pudiquemen t) par la précision des traits des personnages ou de leurs actions, dessinés en gros plan. Les vignettes à dominante parfois noire, parfois blanche, rythment la vie des personnages et notre manière de les percevoir.
L’auteur, Benoît Springer, lâche encore davantage son trait que dans Trois Ardoises. Ce trait, agrémenté d'ombrés au pinceau sec, communique si bien les sentiments des hommes, des femmes et des enfants du village (en bref un univers féminin) que j’étais intimement persuadée que « Springer » était le nom d’une auteure. Agréable surprise ! Certains hommes d’aujourd’hui savent faire la même chose ! Peut-être faut-il voir là l’influence de sa complice, scénariste justement de Trois ardoises, Séverine Lambour ? Eux seuls le savent !
Une BD marquante comme sait en proposer la trop rare collection Intégra (Ibicus, Pleine Lune, Balade Balade)…
Une chronique signée Françoise.
Invité
30 Janvier 2008
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B. Springer
B. Springer
N&B
Editeur : Vents d'Ouest Collection : Intégra Janvier 2008 - 80 Pages
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