Les Faussaires T. 1
Craquelures
Un peintre doit disparaître
Quatre histoires de 12 planches chacune (enfin, pour être précis, la dernière en comporte 11), et dans chacune de ces histoires les personnages principaux sont des peintres : un peintre assassin au début du dix-neuvième siècle dans "Peinture au pistolet", un peintre impressionniste lâche pendant la guerre de 1870 dans "Bleu de Prusse", un peintre boiteux juste après la seconde guerre mondiale dans "Enchères et en os", et un peintre faussaire et collabo en 1945 dans "Un faux air de Vermeer".
Quatre variations sur le thème de la création...
Quand la bande dessinée s'intéresse à la peinture, ça sent le souffre : n'est-ce pas un poncif bien répandu que de prétendre que la bande dessinée serait le refuge des peintres médiocres et refoulés (ou des cinéastes frustrés, selon l'humeur du critique inculte).
Dans le même ordre d'idée, un tout récent article de Télérama, signé par Olivier CENA dans le numéro 2663 du 24 janvier 2001 et intitulé (brillamment ?) "Traits décevants", a amplement démontré le mépris que l'intelligentsia journalistique entretenait vis-à-vis de cet art narratif appliqué qu'est la bande dessinée. En substance, la démonstration proposée est la suivante : après vérification sur un échantillon représentatif de six dessinateurs qui ont eu l'outrecuidance de dessiner "hors-planches" et de montrer ces travaux au public, il s'avère que le dessinateur n'est décidément pas un peintre, donc son activité n'est pas artistique (confondant de simplicité, et je m'émerveille de ne pas y avoir pensé moi-même plus tôt).
Quant à lui, Bruno BAZILE n'a pas choisi ici de traiter des rapports de la bande dessinée et de la peinture, mais bien de suivre les itinéraires de peintres, ni meilleurs ni pires que leurs contemporains, aux prises avec le meurtre, la guerre, la compromission et l'avidité des autres : car la peinture attire parfois les loups, leur donnant l'illusion de partager le destin et la grâce qui touche les artistes. Parfois, les loups sont peintres eux-mêmes, avides de liberté en temps de guerre, de notoriété et de fortune en temps de paix, ces peintres sont des hommes pris dans les rouages d'une vie qu'ils subissent plus qu'ils ne la dirigent.
Par son traitement graphique original, utilisant des fonds gris et des rehauts de blancs en plus du trait noir, BAZILE fait plus que nous raconter de petites histoires drôles, cruelles et vivantes : il crée un univers mental proche de l'aliénation, alliant recherche graphique, lisibilité et jouissance du trait. S'il lui a fallu attendre un peu avant de pouvoir sortir enfin cet album dans la collection "Humour Noir" de l'éditeur "Hors Collection", le résultat est à la hauteur de l'investissement de l'auteur et des attentes de ses nouveaux lecteurs.
N'en déplaise aux amputés de la lecture d'images fixes organisées en séquences (avec des espaces inter-iconiques entre deux). Et tant mieux pour les autres.
Une chronique signée Pascal
Invité
07 Fevrier 2001
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Bazile
Bazile
Editeur : Hors Collection Janvier 2001 - 49 Pages
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