Hiatus
À la recherche de la bande dessinée
La distance fait parfois que certains auteurs n’ont pas encore toute la reconnaissance qu’ils méritent. Benoît Joly, artisan québécois, est un d’entre eux.
Hiatus est un ensemble d’histoires courtes, dessinées par l’auteur entre 1985 et 2006. Il nous donne à lire des pages remplies de scénarios griffonnés, d’histoires esquissées, de dessins, de croquis. Parfois de narrations plus longues. Le tout enveloppé dans la forme aérienne qui lui sert ensuite d'identité, et qui donne au recueil l’apparence d’un carnet de notes. Son parcours d’auteur de bande dessinée est donc traversé par nos yeux curieux, avec des haltes à l’importance variable. On passe d’un premier dessin anecdotique, chargé et vaguement confus, inspiré d’une ligne claire humoristique, à des pages d’une blancheur éclatante.
C’est presque un livre blanc. Les lignes sont fragiles, précieuses, parce que rares. Les textes eux-mêmes sont épars, coûteux, disposés avec parcimonie sur l’espace de la page. Et parfois, sur un portrait de la mer, on ne sait plus très bien ce qui est vague et ce qui est lettre, le texte et l’image près de se rejoindre.
Benoît Joly semble réinventer en permanence le langage de la bande dessinée. Avec son apparente simplicité, il épure ses yeux et ses mains jusqu’à rendre palpable son monde invisible. Chaque trait en sort riche d’une puissance nouvelle.
Les histoires n’affichent pas de cohérence, entre les influences revendiquées d’Herriman ou de Lionel Koechlin. Des contes fantastiques, qui nous parlent de navire, de costume et de maison. Mais surtout des sentiments humains. Joly a dû beaucoup aimer, beaucoup ressentir, et sans jamais nous dévoiler autre chose de lui-même que les rayons de sa bibliothèque, il dessine un autoportrait en creux, tout en pudeur. Parfois dur, impitoyable, parfois ironique, et tendre la plupart du temps.
Un beau livre épais, dense en émotions.
Clément
19 Mars 2008
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B. Joly
B. Joly
N&B
Editeur : 400 coups Collection : Mécanique générale Octobre 2007 - 304 Pages
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