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Mourir partir revenir

Le Jeu des hirondelles

Le rituel des bombardements.

1984. Depuis dix ans, le Liban est déchiré par la guerre civile. Beyrouth, la capitale est coupée en deux par une ligne de démarcation. Zeina Abirached et sa famille vivent à proximité de celle-ci, côté Est. Mal protégées des tirs, les pièces de l’appartement sont progressivement désertées l’une après l’autre à l’exception de la seule entrée où se concentre désormais toute la vie familiale.

Et, dès que les bombardements se font entendre, ce sont même tous les habitants de l’immeuble qui s’y retrouvent, car situé au premier étage, c’est l’endroit le plus sûr. Il y a là Farah et Ramzi, le jeune couple marié durant la guerre ainsi qu’Anhala, la gouvernante de la famille depuis des générations. Il y a également Chucri, le fils de la gardienne, un trompe la mort qui produit sur son balcon de l’électricité qu’il vend à tout l’immeuble. Avec ses grandes moustaches, ses habits impeccables, Ernest, l’ancien professeur de français, vient égayer la soirée par quelques vers de Cyrano de Bergerac. Quant à Monsieur Khaled et Madame Linda, ils emmènent toujours un bon whisky sorti de l’inépuisable cave de leur ancien restaurant.

Malgré la violence ambiante, l’atmosphère est loin d’être morose, la solidarité, la fraternité, la « civilisation » serait-on tenté de dire, l’alcool peut-être aussi… donnant à ces immuables retrouvailles de petits airs de fête, au moins vis-à-vis des enfants !


Quand on découvre, cet ouvrage, difficile de ne pas penser à Marjane Satrapi (et donc à David B., dont son graphisme s’est inspiré !). En effet, les canons des personnages sont très similaires avec, pour s’en différencier un aspect plus maniéré, ornemental, orientaliste. Très souvent, le dessin est en blanc sur noir, signe de l’obscurité qui noie toutes les scènes. Zeina Abirached fait abondamment usage de la fonction copier / coller de Photoshop… une pratique qui d’habitude m’indispose mais qui, cette fois, fonctionne parfaitement, signe du caractère répétitif, immuable de chaque scène.

Car la vraie réussite de l’auteur réside dans son tour de force à nous faire ressentir, en ne racontant qu’une seule soirée, la destinée de ces victimes de la guerre, sans pathos, sans effets de manche inutiles. La présentation de chacun des voisins est l’occasion d’évoquer une destinée, un destin brisé par le conflit, un aspect différent de la vie sous les bombes. Dans une ambiance, avec une verve proche de celle – désolé pour la répétition – de Marjane Satrapi dans Broderies, Zeina Abirached nous fait découvrir le quotidien de sa vie d’enfant qui, même sous les bombes, demeure un moment d’innocence.

Remarquablement construite, cette bande dessinée est un témoignage fort, émouvant et captivant.

Vincent
02 Avril 2008

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Scénariste Z. Abirached
Déssinateur Z. Abirached
Coloriste N&B
Editeur : Cambourakis
Octobre 2007 - 192 Pages


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La planche
© 2007 Z. Abirached, N&B - Cambourakis

 

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