De l'importance de varier les genres lorsque c'est possible...
Après ses aventures dans les sarcophages du 6e continent, le professeur Mortimer doit prendre d’urgence un repos bien mérité. Il en profite pour s'intéresser à une mystérieuse roche retrouvée sous la glace en Antarctique. Certains résidus fossilisés sous-entendent qu'elle daterait de 350 à 500 millions d'années, alors qu'elle comporte des gravures de type humaines... La séparation des continents ayant causé son lot de surprises, c’est vers l’Afrique que Mortimer s’envole en compagnie de la charmante Nastasia et d'un amour de jeunesse également passionné de civilisations anciennes. Un homme dont l'identité semble suspecte les suit de près, menant une enquête discrète, mais très efficace sur les centres d'intérêt du professeur...
Particulièrement à l'aise dans ses introductions d'aventure, Yves Sente fait monter la sauce dans les 30 premières pages, en jouant du charme de ses personnages et de leurs indécrottables petites manières très british. Le dénouement, hélas, s'il est plaisant à lire est relativement décevant. Il semble composé d'un mix de précédentes aventures, agrémenté, il est vrai par un jeu de dupe dont on ne comprendra le fin mot que dans les ultimes pages. Après la mort de Jacobs, L'affaire Francis Blake avait connu un franc succès, jouant essentiellement sur les personnages et une intrigue des plus pragmatiques. La machination Voronov lui avait emboité le pas de manière convaincante. Les opus suivants (quel que soit le duo d'auteur concerné) semblent tourner en rond dans des thématiques trop proches pour être surprenantes, et ce, malgré la virtuosité des auteurs... S'affranchir de l'œuvre de Jacobs tout en respectant l'identité de la série n'est pas chose facile, mais ce que l’on pourrait appeler la « science fiction réaliste » n’est de loin pas la seule voie léguée par Jacobs pour utiliser ses personnages. Il y a, par exemple, dans La Marque Jaune, ou L’affaire du Collier matière à réflexion pour faire vivre à Blake et Mortimer de nouvelles aventures mémorables, si possible avec une pagination plus proche des standards habituels...
Bien sûr que l’on peut se poser la question de savoir s’il fallait continuer de faire vivre les personnages de Blake et Mortimer après la mort de leur créateur, mais il est évident que si les personnages perdaient de leur essence, les lecteurs ne suivront plus. Nous en sommes maintenant à la cinquième aventure ( après l’affaire Francis Blake, la machination Voronov, l’étrange rendez-vous, les sarcophages du 6ème continent). Les scénaristes et les dessinateurs ont changé plusieurs fois et ce dernier titre n’est certainement pas le plus mauvais. On retrouve bien l’ambiance anglo-colonialiste des années 50, le mélange d’action et de science-fiction ( lui aussi typique des années 50) cher à Edgar P.Jacobs et comme d’habitude, les personnages féminins sont plutôt caricaturaux. Les aventures de Blake et Mortimer seraient-elles réservées à un lectorat masculin ? Et bien non, je trouve que dans ce titre les auteurs se sont attardés sur la beauté des paysages africains , sur leur faune et flore ;le voyage en montgolfière a un petit côté Karen Blixen très sympathique. Les sentiments ( ceux d’une femme, car les vrais hommes ne pleurent pas , n’est-ce pas ?) sont également montrés lors de la mort du jeune garçon. Seul regret :le traitement inéquitable des deux personnages car depuis plusieurs albums c’est Mortimer qui prend la vedette …même si Mortimer n’est pas Mortimer!