Le Fleuve Shinano T. 2
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime… prends garde à toi !
Yukie Takano naquit en 1918 dans une bonne famille dans un coin reculé du Japon. Sa mère s’étant enfui avec le commis, elle est élevée par son seul père. A à peine 15 ans, elle tombe elle-même follement amoureuse d’un jeune employé de la maison. Aussi, le départ de la jeune fille en pensionnat constitue-t-il une atroce souffrance pour les deux adolescents.
Pourtant, à peine les cours commencés, Yukie s’éprend d’un de ses professeurs avec qui elle entame une relation publique, donc choquante, pour la population locale. Les deux amants décident de s’enfuir. Mais, à peine s’est-elle entièrement offerte à celui qu’elle surnomme « Grand frère », qu’elle décide de le quitter pour se mettre en quête de sa mère. Pour la deuxième fois, elle brise le cœur d’un être présumé aimé : « Le corps, mieux vaudrait ne pas en avoir.. » lâche tristement la jeune fille à son amant éperdu.
De Kamimura, on connaissait déjà une bien belle œuvre, Lady Snowblood. Mais avec Le Fleuve Shinano, son dessin touche à la perfection. Il parvient à un suprême équilibre entre pouvoir narratif du dessin et beauté plastique. Jouant sur les pleins et déliés, les trames, les rayures, les à-plats, cadrant en caméra fixe ou virevoltante, serrant les visages au maximum ou en plans plus larges très cinématographiques, en plongée verticale ou contre-plongée au ras du sol, aucun de ses choix picturaux n’est gratuit, chacun sert au mieux le récit et l’émotion à rendre. Dans les scènes de mouvement, de drame, son trait se fait plus nerveux pour se poser davantage lorsque celles-ci sont plus contemplatives, son personnage principal plus introverti… Climax du livre, l’épisode tragique du viol de Yukie est une pure – mais triste – merveille. Tout est réfléchi, pertinent, jusqu’à la composition des doubles pages présentant une esthétique globale. Kamimura semble avoir tout compris de l’art de Tezuka mais aussi Kirby, Eisner, Miller… qu’il n’a sans doute pas connu !
Si le récit se place dans un registre assez classique, mettant en scène une Carmen nippone marquée par la destinée de sa mère, il revêt toutefois un caractère implacable et se révèle parfaitement mené, avec un lyrisme et une poésie qui se marient à merveille à ceux des dessins.
Tout concourt au bonheur du lecteur dans cet ouvrage, jusqu’à la qualité du travail d’adaptation et de traduction mené par les éditions Asuka.
Un chef d’œuvre du manga à ne pas rater.
Vincent
30 Avril 2008
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H. Okazaki
K. Kamimura
N&B
Editeur : Asuka Mars 2008 - 254 Pages
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