Sir Pyle T. 2
Mauvais souvenirs
Chasse-mythes
Sir Pyle a douze ans depuis trois mille ans, un château, un spectre comme serviteur, et un métier peu courant : il est mythecin. Monstres, personnages de légende ou de contes de fées se font soigner par lui... bon gré mal gré, et pas toujours avec le résultat escompté !
Son cynisme et sa désinvolture cachent quelques fêlures ... mais cela ne change hélas rien pour ses patients. On retrouve dans ces six histoires des souvenirs de nos peurs ou émerveillements enfantins, souvent dévoyés : la sardine-garou, l'adultère de la Belle, la guérison du Père Fouettard, le Serpent sans Plumes... même le Manneken Pis, érigé au rang de mythe, n'échappe pas au sacrilège.
Il y a d'abord l'immense plaisir du dessin de Munuera, très "cartoon", très efficace, très charmeur. Il y a le personnage de Sir Pyle, odieux et séduisant, déclinant toutes les physionomies pour la grande joie du lecteur. Il y a les décors, baroques à souhait, et les seconds rôles dont le graphisme touche toujours juste.
L'esprit de la série est également intéressant : le principe de base est de traiter les mythes, souvent à l'insecticide... dieux incas, statues belges, contes et superstitions populaires sont soit démystifiés, soit reliés à des superstitions en cours de formation à l'heure actuelle (dans l'Enquête scrupuleuse et circonstanciée sur les origines de la maladie de la vache folle par exemple), et toujours intégrés dans l'univers quotidien de la série.
Ce deuxième tome exploite des directions différant un peu des choix du premier. En effet, Mythecin généraliste montrait presque exclusivement le côté vénal, avide et sans scrupule de Sir Pyle. Pour de l'argent, le machiavélique adolescent était prêt à déployer des trésors d'ingéniosité dans sa façon de soigner les créatures. Ici, le cynisme (La Nuit de la sardine-garou), voire la cruauté (Le Père qui ne fouettait plus) alternent avec des moments d'humanité : peur, amour, regrets, nostalgie... Ce changement dans la perception de la personnalité de Pyle déplace la série vers une bande dessinée plus "adulte", moins univoque ; la plupart des héros de séries enfantines n'ont qu'une caractéristique marquante qui les "dénonce" immédiatement au lecteur. Ici, le héros a une histoire (secrète), une conscience (quand ça l'arrange), une sensibilité (épisodique) qui lui donnent plus de consistance.
Même si à mon avis les séquences plus nostalgiques manquent un peu de crédibilité dans l'émotion, le suspense fonctionne et on a envie de voir de quoi il retourne... ce cousin pervers de Mélusine est diablement attachant.
Une chronique signée Marie
Invité
28 Fevrier 2001
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J. Morvan
J. Munuera
Editeur : Soleil Janvier 2001 - 48 Pages
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