Litost
Carpe diem
Par les vitres d’un train, un homme, plutôt jeune, regarde la mer et au loin le port de Marseille. Il se sent heureux de vivre. En passant du tunnel à la vue sur le large, il s’éveille au monde.
En trois pages, voilà l’état d’esprit de tout le livre. Le narrateur est tour à tour sous le soleil ou dans un tunnel, et les doutes, les joies, les émotions fugitives le transpercent. Jour après jour, le long de quelques cases, il relate de multiples expériences de présence au monde.
Avec ces brèves en forme d’autobiographie plus ou moins déguisée, Domas parvient à dresser le portrait d’émotions riches et diverses. La narration est intelligente, et joue avec les formes. Le texte est souvent éloquent, intime sans être niais, direct sans être sec. Mais le dessin, par-dessus, ne joue pas les pléonasmes ; il suit les mouvements du cœur, en longeant les silhouettes.
Très graphique, le corps du narrateur traverse les pages. D’abord glabre, puis de plus en plus barbu, comme pour suivre le temps qui passe. Son ombre, sa noirceur, sa dimension astrale s’étendent selon les moments. À la recherche d’un équilibre forcément temporaire. De sorte qu’à chaque étape un poème (quel autre nom leur donner ?) tire une leçon impossible du rapport au monde.
C’est une belle façon d’accepter le temps que d’accompagner Domas dans son voyage au bout de lui-même. On rentre dans son cœur comme on entrerait dans le sien propre. Et on se sent plus humain, sans doute, apaisé en tous cas.
Le long récit central est le plus narratif, quelques jours amoureux dans un décor toulousain. Le narrateur y laisse de côté un temps sa solitude, et s’essaie à la vie à deux. Pour en sortir, sans plus d’explications.
Inutile de chercher trop de continuité narrative : ce qui est constant ici, c’est la recherche de l’instant présent. Une belle œuvre humaniste.
Clément
14 Mai 2008
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Domas
Domas
N&B
Editeur : La Boîte à bulles Collection : Contre-coeur Avril 2008 - 96 Pages
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