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Mise en ligne :
15 Octobre 2003

Interview

Jean Giraud - Moebius

Dans ce lieu magnifique qu’est la Conciergerie, j’ai eu l’occasion de rencontrer Jean Giraud, connu aussi sous le nom de Moebius, lors de la deuxième édition du Palais de la BD…

C’est sur le caractère ambivalent de son univers, et sur sa défense de la BD en tant qu’art, que j’ai voulu centrer mes questions. S’en est suivi un dialogue passionnant avec celui qui, pour beaucoup, est devenu un monstre sacré du 9ème Art. Ce n’est pas sans émotion que je me suis adressée à lui…

Le Monde d'Aedena

Les Réparateurs
(Casterman)
Couverture

Karine : Ce qui est très frappant dans votre travail, c’est la création d’un imaginaire bien à vous et pourtant qui est double. Ambivalence ? Schizophrénie ? Comment tout cela s’est-il constitué ?

Jean Giraud / Moebius : Oui, c’est une ambivalence, et une ambivalence qui s’est manifestée très tôt, de façon très spécialisée, dès mes 9-10 ans. J’étais partagées entre deux sources d’inspiration qui étaient, d’une part ce qu’on appelait à l’époque les " illustrés ", c’est-à-dire la Bande Dessinée, et d’autre part les techniques des peintres qu’on appelle " classiques ". Bien que la tradition culturelle ne soit pas très forte dans ma famille, je les découvrais de manière détournée, par le biais du dictionnaire (il y a avait des planches d’illustration dans le Larousse, par exemple), ou par les quelques livres qu’il y avait à la maison avec des gravures du XIXème siècle…

Et cela s’est aussi développé de façon double, d’abord, professionnellement, par ce que je faisais en Bande dessinée, et puis par les enseignements reçus à l’école d’Art qui m’ont conforté dans l’idée qu’il y avait " autre chose ". Et puis, vers 13-14 ans, j’ai " flashé " pour la science fiction. C’était très lié à la littérature, et en même temps, j’y trouvais quelque chose de plus moderne, de plus ludique et qui, de plus, rompait avec le XIXème siècle. Ca a donné à mon inspiration traditionnelle une porte de sortie, une échappatoire, dans laquelle je me suis précipité. Ca me permettait de trouver un parallèle acceptable avec la Bande dessinée.

En fait, j’avais deux passions : le western, ce qui m’a guidé vers Blueberry, et la science fiction, qui m’a emmené vers le reste…

Mister Blueberry
Blueberry T27
OK Corral
(Dargaud)
Couverture

Karine : Justement, dans le PLG 2002-2003, vous dites que Blueberry était une série plus commerciale…

Jean Giraud / Moebius : Oui… Blueberry est dans la tradition d’une ligne éditoriale. Tout le commerce de la BD de l’époque reposait sur une censure attentive puisqu’elle était destinée à des enfants. On était dans une sorte de ghetto, ce qui n’a pas empêché la production de choses remarquables : dans des limites imposées, beaucoup d’auteurs ont réussi malgré tout à s’exposer, même si on pouvait regretter une certaine maniaquerie dans la reproduction de la réalité qui avait un caractère un peu régressif. Dans l’Art contemporain, c’est vrai qu’il y a plus de liberté, quant aux lois de la perspective, quant à l’anatomie…

Karine : Oui, mais est-ce que le mot " commercial " n’a pas un caractère un peu…

Jean Giraud / Moebius : Péjoratif ?

Karine : Oui…

Jean Giraud / Moebius : Quand j’étais en Arts appliqués, on tronquait déjà l’expression… L’expression, ce sont les " Arts appliqués à l’industrie ". Et la Bande Dessinée comme Blueberry faisait partie des Arts appliqués à l’industrie, parce que l’édition est une industrie ! C’est un art en liaison avec une demande, et soumis aux impératifs de l’industrie. Cela peut aller très loin dans la liberté de l’artiste, mais avec tout de même beaucoup de difficultés liées aux lois du commerce et de la rentabilité. C’est vrai qu’on ressent un peu cette pression chez ces gens qui sont malgré tout des artistes. A l’inverse, chez ceux qu’on pourrait appeler les " artistes savants ", il n’y a pas d’articulation industrielle, donc ils n’ont pas cette pression. Quoique… ils sont tout de même reliés à l’industrie de la spéculation, donc finalement…

Karine : Vous parlez justement de la demande du public… Est-ce que vous croyez que c’est cette ambivalence Giraud/Moebius qui, en vous permettant de toucher plusieurs cibles de public, vous a permis d’acquérir une si grande renommée ?

Mister Blueberry

Blueberry T27
OK Corral
(Dargaud)

Extrait

Jean Giraud / Moebius : C’est vrai que sous le nom de Moebius, c’est plus une recherche artistique. J’ai cultivé mon sens de la transgression, toujours dans mes propres limites. C’est le fruit de ma rencontre avec Jodorowski. Jodorowski, c’est une très grande liberté, mais aussi une pensée très structurée. Cela m’a permis de mettre mon sens de la transgression au service d’une pensée, d’une philosophie. Ce fut la résolution d’un paradoxe, mais aussi un saut dans l’inconnu, qui m’a permis d’aller à la rencontre d’un public incroyable. Blueberry, c’était une autre démarche… Au départ, c’était un projet qui se plaçait sur un plan strictement industriel. Surtout avec quelqu’un comme Charlier qui était beaucoup plus " carré " que moi. Et puis, peu à peu, il a pris de l’ampleur, du poids, de l’épaisseur. Surtout avec l’attachement du public au personnage. C’est vrai aussi qu’après la disparition de Charlier, tout en respectant ses règles, j’y ai infiltré un peu partout, subrepticement, mon sens de la transgression. Mais attention, il ne s’agit pas de faire de Blueberry un lieu de recherche à tout crin….

Karine : Est-ce qu’il vous arrive de rencontrer des gens qui n’aiment que Giraud, ou d’autres qui n’aiment que Moebius ?

Jean Giraud / Moebius : Oui, oui, tout à fait. C’est très curieux… J’ai même une amie qui était dans l’édition et qui était frappée par cette… " difformité " (rires). En réfléchissant avec elle sur le pourquoi de ce problème, je me suis aperçu qu’à travers Moebius, elle retrouvait une attitude paternelle dont elle avait toujours eu un peu peur. Il y avait un aspect sexuel dans Moebius qui la mettait très mal à l’aise, alors que Giraud, Blueberry, lui rappelait plus sa mère, et la rassurait.

Après l'Incal
Après l'Incal T1
Le Nouveau Rêve
(Humanos)
Couverture

Karine : Nous parlions tout-à-l’heure du caractère commercial de la Bande Dessinée. Vous, vous défendez la Bande Dessinée comme un art à part entière. Ce n’est pas vraiment le cas des artistes contemporains qui refusent de la considérer comme l’un des Beaux-Arts…

Jean Giraud / Moebius : Je les comprends… Les gens des Beaux-Arts jugent la Bande dessinée par rapport à ce qu’elle est actuellement, alors que je la juge par rapport à son potentiel. Néanmoins, on ne peut pas nier qu’on retrouve chez bien des auteurs de Bande Dessinées, dans leurs œuvres, des critères qui s’appliquent aux œuvres d’art !

Karine : Des noms ?

Jean Giraud / Moebius : Ben, Hergé ! Cela dit, c’est un art encore jeune, adolescent par rapport à la peinture ! Mais dans le contexte de l’Art contemporain, il redonne une dynamique évidente au dessinateur naturel qui éprouve une urgence à reproduire le monde tel qu’il est.

Karine : Ce qui m’étonne, c’est que les gens des Beaux-Arts reprochent à la Bande Dessinée de n’être " que " du dessin… Pourtant, quand on regarde Michel-Ange ou d’autres grands peintres " classiques ", l’essentiel, c’était…

Jean Giraud / Moebius : … le dessin, oui. Mais ils vous répondront que ça, c’est de l’histoire de l’Art !!! (rires). Ils sont enfermés dans un paradoxe, c’est vrai. Mais c’est ce paradoxe qui est leur âme, au sens où la balle doit traverser l’âme du fusil. Il faut qu’ils commencent par détruire ce qui est du domaine de l’histoire de l’Art pour se construire…

Interview réaliséee par Karine Lesueur
Octobre 2003.

 

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