|
| Histoire sans Héros,
édition collector grand format |
| |
| Crayonné de Dany |
Jean Van Hamme est certainement le scénariste de BD le plus
connu sur le territoire francophone européen. Né en
1939 à Bruxelles, son nom est associé à de
nombreux "best-sellers" comme XIII,Largo Winch,
Thorgal ou la reprise de Blake et Mortimer, une série
qui le marqua dans sa Jeunesse.
« Depuis 1946, j'ai toujours lu de la BD. Il y avait
alors une floraison de magazines : Bimbo, Jeep, Spirou
et surtout Tintin. Mon père qui était, je suppose,
un progressiste m'avait abonné à ce journal . A l'époque,
lire de la BD était extrêmement mal vu. Pourtant en
découvrant la qualité technique du Secret de l'Espadon
de Jacobs, je me suis promis de faire de la BD plus tard.»
| XIII T.1 |
| |
| Héros attitré
de la bande dessinée européenne. |
Doté d'une agrégation d'économie politique,
il se retrouve fondé de pouvoirs général chez
Philips. C'est alors qu'il écrit ses premiers scénario
de BD. « Je voulais être raconteur d'histoires,
pas seulement scénariste. Depuis tout petit, comme tous les
enfants, j'inventais des histoires et je les écrivais. Comme
la BD était florissante en Belgique et qu'elle paraissait
moins inaccessible que la littérature ou le cinéma,
elle attirait immédiatement... J'avais essayé d'envoyer
des scénarios mais je n'avais jamais eu de réponse.
C'est alors que j'ai rencontré Paul Cuvelier à qui
j'ai soumis Epoxy, un récit mythologique, et cette
opportunité fut une chance inestimable... Peu après,
Cuvelier m'a demandé de lui écrire des Corentin,
ce qui m'a permis d'entrer au journal Tintin par la grande
porte. »
| Le grand pouvoir du
Chninkel |
| |
| A la croisée du
fantastique, du mythique et du poétique |
Alors qu'il conduit une carrière exemplaire de jeune cadre
dynamique, Il décide, en avril 1976, de ne plus vivre que
de sa plume. « Il y a à cette décision
une explication psychologique évidente : ce goût de
raconter des histoires, non seulement s'affirme, mais devient peu
à peu un véritable métier. C'est alors qu'on
me propose de prendre la direction d'un département au Mexique.
Si j'acceptais, j'étais parti pour un cycle que je n'aurais
pas pu interrompre : c'est pourquoi j'ai préféré
démissionner. » II reprend alors de nombreuses BD comme
Magellan, Domino, Michaël Logan.« C'était
un temps où n'importe quel scénariste débutant
essayait de reprendre des séries déjà existantes
car c'était le moyen le plus facile pour vivre de ce métier.
Maintenant c'est un peu différent car les reprises ne se
font plus systématiquement. De nombreux scénaristes
débutants peuvent aujourd'hui faire des "one-shot",
car il y a des éditeurs qui acceptent ce concept, même
si en fait ils rêvent tous d'une série. »
| Lune de Guerre |
| |
| Un One Shot en duo avec
Hermann |
Techniquement, quelles sont les méthodes de ce grand conteur
d'histoires qu'est Jean Van Hamme ? « Je dactylographie
tout le texte avec les dialogues en rouge puis établis au
verso la distribution des vignettes, j'ai toujours présenté
mon travail ainsi, sans petits dessins explicatifs car j'en suis
incapable. J'envoie le scénario complètement découpé
d'un seul bloc, je laisse rarement intervenir les dessinateurs car
il n'y a rien de pire que de travailler avec un scénariste
frustré, Par exemple, pour Arlequin, Dany avait un
tas d'idées mal formulées pour faire un grand succès.
Au lieu de lui imposer les miennes, j'ai voulu lui faire plaisir
et cela a donné un héros sans personnalité.
Il ne faut pas se faire d'illusions en "misant sur l'effet
de série ", quand c'est mauvais, les clients n'achètent
pas et c'est rassurant, beaucoup plus de la part du public que de
la part de certains critiques qui me confondent en qualifiant de
génial un épisode que je sais raté ou le contraire ! »
| Largo Winch T.1 |
| |
| Une silhouette qui n'est
pas sans rappeler celle du Colonel Jones dans XIII. |
Jean Van Hamme a écrit pour différents medias (cinéma,
télévision) mais c'est l'écriture romanesque
qu'il préfère. Un scénario de télé
ou de BD sera toujours interprété par quelqu'un, alors
qu'avec un roman vous êtes en prise directe avec votre lecteur
: il va découvrir l'histoire telle que vous l'écrivez.
La grande différence entre la télévision et
le roman, la BD ou même le film, c'est qu'à la télé
vous pouvez réaliser des petites histoires légères
: beaucoup de gens les voient un soir et n'y pensent plus. Par contre
le roman et la BD sont des objets qui restent et continuent à
se vendre. Il faut essayer de faire quelque chose de très
distrayant ou de très émouvant, sinon il vaut mieux
ne rien publier : à mon avis les deux tiers des albums de
BD qui sortent n'auraient pas dû être édités
! » Enfin, il faut bien avouer que la définition
qui convient le mieux à notre interviewé est celle
d'un perfectionniste retravaillant sans cesse ses histoires. « Mes
textes ne sont pas bavards car je fais confiance à l'image :
pour moi, le scénario idéal ne devrait compter aucun
texte. Par ailleurs. je peine sur les dialogues et donc, je les
économise ! En fait, dans ce métier on est toujours
débutant, et certains scénaristes trop prolifiques
l'oublient quelques fois. C'est encore plus difficile pour une série
car il faut redémarrer à zéro et regagner le
pari, c'est comme une compétition ! »
Portrait réalisé par Gilles
Novembre 2003.
|