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Après deux premiers tomes plébiscités par
le public et récompensés dans de nombreux festivals,
quelles étaient vos envies au moment de débuter ce
troisième album ?
J’avais d’abord envie de retrouver une palette de personnages
aussi intéressante que dans le deuxième tome. J’ai
travaillé pour Disney et j’ai toujours aimé dessiner
des animaux. Je pense que cela apporte vraiment quelque chose à cette
série. Je voulais aussi approfondir le personnage de Blacksad
et le montrer sous différents aspects.
Est-ce que vous participez à l’écriture du
scénario ?
Avec Díaz Canales, on discute beaucoup de la trame ou des
entourloupes du scénario mais je n’écris pas.
Ce troisième tome révèle en effet quelques
bribes du passé de Blacksad et lui donne ainsi encore plus
d’épaisseur et d’ambiguïté…
Le personnage se construit au fur à et à mesure des
enquêtes. Díaz Canales ne voulait pas figer la personnalité de
Blacksad mais plutôt laisser la porte ouverte à des évolutions.
Dans les premières histoires, c’est un détective
privé un peu cliché avec ce côté loser
qui boit trop. Il est devenu aujourd’hui plus élégant
et même un peu plus héroïque. Blacksad se rapproche
un peu d’un super-héros avec son aspect félin,
ses oreilles extrêmement sensibles ou ses réflexes
de chat.
Après avoir traité du racisme dans « Artic-Nation »,
vous vous intéressez dans « Ame rouge » à la
chasse aux sorcières aux États-Unis…
C’est intéressant du point de vue narratif d’ancrer
le récit dans le contexte historique. Contrairement aux
deux précédentes enquêtes qui auraient pu se
passer dans une autre période, Ame rouge se situe clairement
dans les années 50. C’est une époque très
importante car elle représente un moment charnière.
Certaines mentalités, bonnes ou mauvaises, surgissent à ce
moment-là. C’est un peu le début de la société de
consommation mais aussi d’une plus grande diversité culturelle.
Blacksad dégage une atmosphère très cinématographique…
C’est en effet une influence indéniable car le cinéma
est une immense source d’images et de langage narratif. J’essaye
donc de transposer certains codes déjà acquis par
le spectateur et de les appliquer à la bande dessinée.
Je suis évidemment très influencé dans la
narration, les images ou le cadrage par le cinéma noir que
j’ai redécouvert avec un œil plus attentif en
préparant Blacksad.
Est-ce que vous vous attendiez à un tel succès avec
cette série ?
Nous avions foi en notre projet mais le succès de la série
a dépassé nos espérances les plus folles.
C’est évidemment une énorme satisfaction personnelle
et professionnelle. Cela me fait chaud au cœur d’entendre
certains lecteurs parler de Blacksad avec beaucoup d’attachement
et encore plus que ce sont des femmes qui me disent le trouver
beau et sexy. Moi aussi, je suis fan des aventures de Blacksad.
Quand je lis le scénario de Díaz Canales et que j’imagine
certaines séquences, c’est un pur bonheur.
Offrir une histoire complète à chaque album était
quelque chose d’important ?
On pourra éventuellement traiter une histoire un peu plus
longue sur deux tomes mais jamais plus. Déjà que
l’on est assez lent, on ne va pas faire patienter le lecteur
pendant deux ans et demi pour avoir la suite de son histoire. Aujourd’hui
je ne travaille plus chez Disney et j’ai donc un meilleur
rythme de travail. Mais d’autres projets surgissent et j’ai
envie de les alterner avec Blacksad.
Parallèlement à ce troisième tome, Dargaud
publie un superbe ouvrage réunissant des aquarelles des
trois albums…
Le projet est né d’une rencontre avec Christian Desbois.
Comme je n’avais pas de peintures ou d’illustrations à exposer
dans sa très belle galerie, je lui ai montré ces
aquarelles couleur que je fais pour préparer mes planches.
Je les trouve plus fraîches et picturalement plus réussies
que les planches de Blacksad. Il a été emballé par
l’idée et nous avons récupéré les
maquettes couleurs les plus acceptables des trois tomes. Cela a
finalement abouti à ce très bel ouvrage commenté et
parfaitement mis en valeur par une très belle maquette.
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