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Interview

Carali


Mise en ligne :
6 septembre 2006

Carali s’est imposé au fil des années comme une valeur sûre de la bande dessinée. Touche-à-tout fantaisiste, il s’est frotté au trash dans Marie-Paule est romantique, aux légendes orientales dans Contes d’un conteur, et enfin à l’autobiographie et l’autofiction dans Paulot. À l’occasion de son nouvel album, pour la première fois en couleurs, rencontre avec un dessinateur indépendant.

 

Commençons par tes débuts : on connaît mal tes réalisations avant les années 1970.

J’ai vécu en Egypte, puis au Liban jusqu’en 1970. Je faisais de la musique et du dessin de presse. Puis je suis arrivé en France, et j’ai commencé à travailler dans les publications de Pif, en particulier dans Pif Poche et Pifou Poche, où je dessinais des jeux.
Mais le dessin c’est un peu un accident ; en fait j’ai commencé par la musique, j’ai été et je suis toujours bassiste. Seulement, quand je suis arrivé en France, il fallait que je gagne ma vie très vite, et le dessin m’a permis de gagner des sous tout de suite. La musique c’était plus compliqué, il fallait rencontrer des gens, monter un groupe, créer un répertoire. Pendant ces années-là j’ai mis de côté la basse pour privilégier le dessin. Mais la musique ne m’a jamais lâché et je continue à en faire.

Dans quelles conditions ?

Je faisais partie d’un groupe, Copains comme cochons, où j’étais bassiste et compositeur. Ça commençait à bien tourner : il y a eu deux albums. Mais depuis que notre chanteur, Jacques Lerouge, avec qui je l’avais fondé, est parti dans le Sud, le groupe s’est un peu dispersé et on peut dire qu’il est en voie de garage. Maintenant je suis bassiste dans un autre groupe, Rame, avec qui je joue des chansons de marins. Je n’ai pas vécu assez longtemps en bord de mer pour composer, mais les autres musiciens le font très bien.

Ton premier personnage récurrent, c’était le Dr Tutut ?

Avant le Dr Tutut, il y a eu M. Loupe, un détective. C’était dans les pages de jeux de Pif Poche, d’abord sous la forme d’énigmes. La rédaction de Pif ne voulait pas mélanger les bandes dessinées (sur la page de droite) et les jeux (sur les pages de gauche). J’ai inséré de plus en plus de bandes dessinées dans mes énigmes, jusqu’à faire des bd avec M. Loupe. Puis j’ai continué avec Dr Tutut, en faisant des histoires courtes avec le personnage. Là c’était plus des jeux, mais de la BD.

En 1973, tu publies tes premières bandes dessinées. C’est aussi le moment où commencent à sortir des journaux un peu plus libres. Comment as-tu vécu cette période ?

J’ai commencé à faire de la bande dessinée dans l’Écho des savanes, que Mandryka avait lancé avec Brétécher et Gotlib. Mandryka était parti de Pilote sur un coup de tête parce qu’on lui avait refusé la fameuse histoire du concombre masqué qui regarde pousser les rochers. Il a alors fondé l’Écho, et ça a donné un ton complètement nouveau en bd. C’est dans l’Écho de Mandryka que s’est vraiment lancée la bd adulte. J’ai rejoint l’équipe à ce moment là : il y avait Pétillon, Francis Masse, Martin Veyron, et d’autres.

Si tu étais arrivé plus tôt, tu aurais fait de la bd plus conventionnelle ?

Je crois pas. Mes premiers dessins dans Pif Poche, c’était alimentaire. J’ai pris le premier boulot qu’on m’a proposé. Mais ce que je voulais faire, c’était vraiment de la bd. Mes influences, c’était le Spirou de Franquin. Parallèlement, j’ai toujours été intéressé par le dessin de presse, l’actualité. C’est pour ça que quelques années après j’ai arrêté la bd pour rejoindre l’équipe de Charlie Hebdo avec Cavanna et Choron.

Même dans tes bd, on trouve souvent des références à la politique. Tu te considères comme un auteur engagé, avec une mission de traiter l’actualité ?

Non, je n’ai aucune mission, vraiment aucune. D’ailleurs, je travaille sur tous les thèmes : autant des histoires toutes simples que des bd impliquées dans les problèmes de l’époque. Je ne me sens pas spécialement engagé. Simplement j’ai des opinions comme tout le monde, et parfois elles passent dans mes bd. Mon bouquin Les vacances de Monsieur Paulot, est autobiographique, alors, forcément, je me raconte encore plus que dans mes autres BD.

Comment as-tu commencé à faire de la presse, avec le premier petit Psikopat Illustré ?

Le Psikopat, ça a commencé dans l’Écho des Savanes : une rubrique de deux pages, « le petit psikopat illustré », un bazar complet où je mettais des strips, des gags et des jeux bidons. Puis Mandryka a revendu l’Écho qui s’est finalement retrouvé chez Albin Michel. Je suis parti à Charlie Hebdo qui s’est ensuite arrêté en 1982 ; c’est là que j’ai repris le titre de cette rubrique pour lancer un canard. Au début, c’était un journal de copains. Je n’avais aucun projet d’en faire un vrai journal et qui dure aussi longtemps.

Le Psiko s’est installé dans la durée alors que beaucoup de journaux s’arrêtaient.

Au début, un numéro a tiré l’autre. Comme ça plaisait assez bien, ça m’a encouragé à continuer et je me suis finalement retrouvé un peu piégé. Je m’y suis fait petit à petit, je me suis construit une place d’auteur-éditeur au fil des années ; les premiers temps, quand le journal a commencé à prendre de l’importance et qu’il a changé de format, c’était très pénible de gérer tout ça. Dans les années 1980, il y a eu énormément de casse dans la presse, je ne sais pas pourquoi on a tenu le coup. Surtout qu’il n’y a pas de pub dans le journal : on ne tient qu’avec les ventes et les abonnements. Peut-être que ça a tenu parce que l’envie de faire un vrai journal s’est installée petit à petit. C’est confortable de faire son propre journal : en tous cas je trouve l’aventure nettement plus intéressante que de passer son temps à ne faire que du dessin. Un journal c’est une grosse mécanique, ça fait bouger, rencontrer des gens, travailler avec des copains. C’est devenu une vraie passion.

Aujourd’hui, quand tu publies une histoire, est-ce que tu penses à la presse ou à l’album ?

Je commence à penser à l’album quand je m’aperçois que je suis sur une série qui me plait suffisamment pour me donner envie de continuer. J’ai toujours eu tendance à me disperser, j’ai fait tout un tas de choses très différentes, du dessin de presse à la bande dessinée, et du conte à l’histoire autobiographique… J’admire les gens comme Binet qui arrivent à procéder avec une continuité rectiligne, moi je suis très instable. Mais quand une série me plait, je continue, et parfois je me rends compte que je peux faire un bouquin cohérent. Seulement, quand j’ai assez de matière je m’aperçois toujours qu’en cours de route il y a eu des incohérences, qu’il faut que je rattrape au moment de l’album : des corrections dans les noms, dans les lieux. Quand je racontais mes histoires de Paulot dans le Psikopat, j’avais une ou deux poules, puis une troisième est arrivée, et puis des chats, et au fur et à mesure que j’avais besoin d’apports neufs, je mettais d’autres personnages sans aucun calcul ni stratégie. C’était parfois juste pour un épisode. J’ai dû corriger une vingtaine de pages sur les 70 du prochain album.

Pourquoi des animaux ? Est-ce que les histoires de Paulot sont vraiment autobiographiques ?

Les premières histoires, celles qui racontent les vacances de Paulot, étaient vraiment inspirées de ma vie. Par la suite j’ai commencé à raconter d'autres histoires, parce que l’autobiographie ça devient très vite chiant et prétentieux. Les animaux de "Mutinerie à la ferme" sont inspirés de mes poules et de mes chats dans ma ferme. Chaque chat a véritablement sa personnalité, je les vois parfois lancer des regards très particuliers, adaptés à chaque situation si on observe bien. Ça m’a donné envie de leur donner la parole, d’imaginer ce qu’ils auraient pu me dire plutôt que de lancer des regards ou me faire la gueule. J’ai fait la même chose avec les poules, et ça a formé une mini-société où les animaux ont des choses à dire, ils se révoltent, ils font des manifs contre Paulot parce que celui-ci les néglige ou les maltraite sans le vouloir.

Le regard que tu portes sur la société est assez critique : tu es optimiste sur l’avenir ?

Houla. Je suis optimiste de nature. Je me force à l’être. Mais j’ai un côté très noir, je ne suis pas optimiste sur l’avenir de la société. Mais je ne veux pas parler comme un vieux con, parce qu’il y a plein de choses sympas à vivre aujourd’hui, la médecine est géniale, la science et le progrès apportent beaucoup de confort et de facilité de vivre, mais ça apporte aussi énormément d’isolement ; Internet est un outil qui isole les gens plus qu’il ne les rapproche. C’est une grosse merde géniale et indispensable, mais une merde quand même.

Tes derniers albums ne sont pas aussi trash que les précédents. Est-ce que Carali s’assagit ?

Boah, chais pas. J’ai envie de changer, de faire d’autres choses. Dans le passé j’ai fait des choses très trash, assez extrêmes, comme Marie-Paule est romantique, mais au bout d’un moment je m’en suis lassé.

Le dernier tome de Paulot, Mutinerie à la ferme, est publié à la Boîte à bulles, alors que tu avais jusqu’à présent autoédité tes albums aux éditions du Zébu.

Je continue à éditer le Psikopat, mais j’arrête d’éditer des albums, le bouquin est un métier à part entière et j’ai plus le temps. J’ai besoin de me donner plus de temps pour la musique et le dessin. Pendant vingt ans j’ai vécu en autarcie, en m’autoéditant à la fois dans mon journal et en album, là, j’ai vraiment plus envie. La Boîte à bulles me donne une énergie nouvelle, et crois-moi, c’est très appréciable…

 

Propos recueillis par Clément

6 septembre 2006

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