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Didier Tarquin est né à Toulon en 1967 et, après
ses dix premières années passées en Algérie
et un passage éclair à l’école des
beaux-arts d’Aix-en-Provence, il décide de se consacrer
entièrement à la bande dessinée. Son premier
ouvrage («Les maléfices d’Orient») est
publié en 1990 par le scénariste de l’album,
Mourad Boudjellal, lequel est aussi le patron des éditions
Toulonnaises Soleil, dont le jeune dessinateur va devenir l’un
des piliers.
«Je connaissais Mourad car c’était mon libraire, à l’époque
: moi, je n’étais qu’un client… Il m’avait
promis un scénario et il a tenu sa promesse : heureusement,
il s’en est tenu là car il est bien meilleur en tant
qu’éditeur ! Après mon service militaire, en
1992, j’ai illustré deux albums de la série «Röq» écrits
par Béatrice Avossa, tout en animant un atelier de BD dans
le Var. Ces BD furent des bides et j’ai commencé à me
poser des questions sur mon avenir dans le 9ème art : on
m’a alors conseillé de prendre un vrai scénariste.
Christophe Arleston, avec qui j’allais faire «Lanfeust
de Troy», m’a dit que lui, il était un vrai
scénariste, et je l’ai cru (rires) ! Nous étions
chez le même éditeur, nous habitions la même
région, nous avons sympathisé et voilà… Il
m’a proposé une histoire de science-fiction et un
scénario d’heroic-fantasy. Je lui ai dit que je préférais
le truc de S-F mais que, a contrario, son histoire d’heroic-fantasy,
avec un mec et une épée, je n’y croyais pas
trop. Il m’a répondu qu’il pensait, pourtant,
que c’était plus pour moi. Pour lui faire plaisir,
je l’ai dessiné à l’arrache, juste pour
voir… ; et il s’est passé ce qui s’est
passé».
Aujourd’hui, chaque album de cette série, créée
en 1994, est tiré à 300 000 exemplaires, mêlant,
avec justesse, fantastique et humour.
«Pourtant, au début, j’étais très
maladroit ! Ceci dit, si on tâtonne toujours sur les premiers épisodes,
avec le temps, on évolue et on maîtrise de mieux en
mieux ses personnages…»
Les 8 albums d’heroic-fantasy de la série «Lanfeust
de Troy», aussitôt suivis par le cycle de science-fiction «Lanfeust
des étoiles» commencé en 2001, ne sont pas
les seuls titres de gloire de Didier Tarquin. Cet illustrateur,
devenu une référence du fantastique dessiné par
son sens de la mise en page et par son graphisme dynamique, participe
aussi à l’élargissement de l’univers
de «Troy», concocté par son complice scénariste
Christophe Arleston, avec des recueils d’illustrations comme «Cartographie
illustrée du monde de Troy» et «Encyclopédie
anarchique du monde de Troy» ou encore avec les «Gnomes
de Troy». Cette série de gag mettant en scène
la jeunesse de «Lanfeust» a été créée
pour le mensuel dédié à ce héros au
succès grandissant, Lanfeust Mag, dès 1998.
«L’idée de cette BD est liée au magazine
: il n’y a aucune prétention derrière ça.
A mes débuts, avant d’être publié, j’avais
un parcours graphique plutôt humoristique et j’ai trouvé amusant
de dessiner un petit «Lanfeust» de cette manière.
D’autre part, le fait de concevoir cette jeunesse sous forme
de gags était confortable pour le mensuel car, s’il
manquait des pages, cela permettait une certaine souplesse. Ceci
dit, tout cela reste très technique : c’est de la
cuisine interne ! Pourtant, nous avons décidé de
relancer cette série qui manquait quand même un peu
d’unité : en effet, nous n’étions pas
très satisfaits de la manière trop précipitée
dont le premier album avait été réalisé,
tant au niveau du dessin que des scénarios. Nous avons vraiment
une revanche à prendre sur cette BD ! D’ailleurs,
un nouveau scénariste va intervenir. C’est par hasard,
au festival d’Angoulême, que j’ai rencontré Dave,
l’un des collaborateurs de Lanfeust Mag. Ce dernier aimait
beaucoup la série et se demandait pourquoi nous l’avions
laissé tomber. Je lui ai dit que ni moi ni Arleston n’avions été à la
hauteur sur ce coup-là, mais à force d’arguments,
il m’a convaincu de reprendre le concept et moi, je lui ai
proposé de seconder Arleston comme gagman. Bon, il était
quand même 3H du matin (mon scénariste préféré,
lui, était déjà, depuis longtemps, dans les
bras de Morphée) et je n’ai raconté ça à Arleston
que le lendemain. Ensuite, l’idée a fait son chemin… Bien
entendu, tout cela est lié à l’émulation
provoquée par le magazine ; et je dessinerais cela quand
j’en aurais envie, car je n’ai pas trop envie d’avoir
des contraintes supplémentaires de temps ou de paginations
!»
Toujours pour les éditions Soleil, de 1997 à 1998,
Didier Tarquin s’essaye au scénario, en écrivant
les 3 premiers épisodes des «Ailes du Phaëton»,
série d’anticipation dessinée par Serge Fino
et reprise, sur le plan écriture, par Didier Crisse puis par
Isabelle Plongeon. En 2002, le dessinateur de «Lanfeust» participe
aussi à «Krash Monster» (avec Olivier Dutto, Guillaume
Bianco et Adrien Floch), une tentative collective qui alliait, le
temps d’un album, fantastique humour et aventure. «Nous avions rêvé à bien d’autres
récits pour ces personnages mais nous n’avons pas
réussi à trouver les énergies nécessaires
pour réaliser d’autres albums. J’ai l’équivalent
de 4 scénarios dans mes tiroirs, mais nos plannings chargés
font que rien ne peut se concrétiser. Au début, j’étais
très déçu ; mais je me rends compte que si
nous avions forcé le destin, les séries de mes trois
petits camarades («Will» pour Bianco, «Les p’tits
diables» pour Dutto et «Les naufragés d’Ythaq» pour
Floch) n’auraient pas pu se faire : donc, pas de regrets
!»
Cela laisse aussi le temps à notre interviewé de
continuer le nouveau cycle de «Lanfeust des étoiles»,
sur un rythme d’enfer, avec pas moins d’un album par
an.
«Avec Arleston, c’est un véritable échange
d’idées, de délires… Un jour, nous nous
sommes dit qu’il faudrait bien finir le premier cycle, et
qu’il serait amusant, ensuite, d’envoyer notre héros
dans les étoiles. Nous n’étions pourtant qu’au
quatrième tome de la série. Aujourd’hui, nous
savons déjà ce que l’on va faire à la
fin de «Lanfeust des étoiles» : les idées
fourmillent et vont plus vite que le dessin ou que la confection
d’un album. Je peux d’ailleurs vous dire que vous allez
en bouffer du «Lanfeust» ! D’autant plus que
le monde de Troy est ouvert et qu’après «Lanfeust», «Trolls
de Troy», «Les gnomes» ou «Les conquérants
de Troy», Arleston souhaite faire dessiner des histoires
plus courtes par divers dessinateurs comme Dany, Moebius…,
au gré de ses rencontres et de ses envies : cela s’appellera «Légendes
de Troy» et, bien entendu, ce sera toujours édité chez
Soleil ! En ce qui me concerne, j’ai aussi d’autres
projets. Enfin, ce sont plutôt des rêves de projets
puisque, pour l’instant, les années ne font que 365
jours… Je dois écrire un scénario pour un autre
dessinateur, j’aimerais bien réaliser un gros bouquin
d’illustrations érotiques…De toute façon,
les choses vont se faire naturellement et, quoiqu’il arrive,
toutes ces intentions de réalisations devront trouver leur
place entre les «Lanfeust», une série qui a
besoin d’être nourrie régulièrement afin
de satisfaire le public. Par contre, nous allons peut-être
essayer de calmer le jeu en laissant passer une année entre
le cycle des étoiles et le prochain, afin de ne pas tomber
dans la routine.»
Malgré le succès phénoménal que rencontre
la série «Lanfeust», Didier Tarquin n’a
pas la grosse tête et reste quelqu’un de très
abordable.
«J’ai toujours voulu faire ce métier-là et
je suis ravi de mon sort ; cependant, il est vrai que, quand
les rêves de gosses se matérialisent tout d’un
coup, comme cela, c’est grisant : on perd le sens des réalités.
On se découvre ce que j’appelle «des nouveaux
copains de maternelle» : plein de gens qui me parlent comme
s’ils me connaissaient depuis toujours… Il faut être
indulgents car ces gens-là sont contents et ne sont peut-être
pas assez entourés pour se rendre compte qu’ils
dérapent, alors que je n’ai qu’un laps de
temps très court à leur consacrer. Ce n’est
pas évident : on est seulement des humains, quoi ! Quand
on est passionné, cela peut prendre des proportions énormes,
surtout dans les séances de dédicaces. Pourtant,
j’aime bien cet exercice, d’autant plus que j’ai
innové avec le coup de la roue : il y a huit cases différentes
dont une où la personne recule d’une place dans
la file d’attente, une où c’est le dernier
qui passe devant tout le monde, une où l’on prend
la 10ème ou la 20ème place etc. ; et on fait tourner
la roue toutes les deux dédicaces ! Ceci dit, c’est
très délicat car il y a toujours un grand nombre
de gens qui restent frustrés. Même quelqu’un
de très rapide va mettre entre 4 et 5 minutes pour réaliser
une dédicace et si, comme moi, on est extrêmement
bavard, en une heure, on ne va contenter que 10 personnes. Cela
peut même être plus long car je suis aussi là pour
rencontrer les gens : j’aime ça car j’ai envie
de parler, tant pis pour ceux qui attendent. J’ai essayé d’aller
plus vite mais cela ne marche pas : c’est moi qui suis
frustré ! En plus, ce n’est pas toujours facile
de gérer les flux : je me souviens de séances mémorables,
avec Jean-Louis Mourier (le dessinateur de «Trolls de Troy»),
où l’on se retrouvait face à un troupeau
de bisons, alors que l’on est là pour passer un
bon moment, pas pour se foutre sur la gueule. La dédicace,
c’est juste un petit prétexte pour se rencontrer.
Ceci dit, j’ai aussi un système de dédicaces
par correspondance : je ne vois pas les gens et je fais ça
entre mon chocolat chaud et la vision d’un dessin animé.
En BD, on ne fait pas du show-business, on doit être accessible
!»
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