| Jan Van Meer est agent
secret mais aussi un folkloriste qui étudie les croyances
liées à la guerre |
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La
lecture
des ruines
extrait P10
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Vincent : La Lecture des Ruines est une allégorie sur
la violence de la guerre ?
David B. : Oui. C’est l’histoire d’un savant fou qui cherche
dans les ruines engendrées par la guerre, une sorte d’équation mathématique
de la violence. Et comme il est fou, il ne peut que la trouver. L’envie de faire
ce livre provient sans doute de mon expérience avec mon frère :
j’ai été à la fois marqué et fasciné par la
violence de ses crises d’épilepsie. Et j’ai voulu mettre en scène
des personnages, militaires, savants, que la fascination de la guerre rend fous.
Vincent : L’histoire se passe durant la première guerre mondiale,
et inévitablement, vos dessins font penser à Jacques Tardi.
David B. : J’aime bien ce que fait Tardi, il constitue une de
mes influences majeures, je ne vais pas la renier. Et puis, lorsqu’on parle de
tranchées, ses dessins ne peuvent qu’être présents à
l’esprit. Mais je crois que mon livre ne traite pas du même type de sujet
que lui, qu’on n’est pas dans la même veine de récit.
Vincent : L’histoire de La Lecture des ruines ne court que sur un
seul tome mais au prix d’une forte pagination.
David B. : Dans la collection Aire Libre, les albums peuvent
faire de soixante à soixante-seize pages. Moi, j’ai tout simplement utilisé
le maximum autorisé, plus le petit dossier de la fin.
Vincent : Justement, ce dossier final présente un journal
qui s’intitule Les Incidents de la nuit. C’est un périodique qui
a véritablement existé ou le moyen de faire le lien avec le livre
du même nom que vous avez publié à L’Association il y a quelques
années.
| En pleine
guerre naîtra une histoire d'amour entre personnes a priori
ennemies |
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La
lecture
des ruines
extrait P65 |
David B. : Comme la plupart des éléments de ce livre,
ce journal est purement imaginaire. C’est effectivement aussi un clin d’œil à
mon précédent ouvrage. Mais La
Lecture des ruines n’en constitue en aucun cas une suite. Ils sont totalement
indépendants.
Vincent : On sent que vous vous êtes appuyés sur une
solide documentation pour construire votre récit. Certains événements
ou personnages sont directement issus de la réalité ?
David B. : Aucun des personnages du livre n’a existé.
Par contre la troisième bataille d’Ypres que je raconte à la fin
du livre a bien existé. C’est une offensive qui a été déclenchée
en plein été mais qui s’est complètement enlisée au
bout d’une semaine à cause des pluies diluviennes qui se sont abattues
sur le champ de bataille. Toutes les inventions de l’ingénieur Hellequin
sont-elles aussi issues de mon imagination. Par contre, la théorie du savant
allemand Robert selon laquelle un homme que l’on empêche de rêver
devient fou, elle, est bien authentique.
| David B. publie son
oeuvre la plus personnelle à L'Association dont il est
un des fondateurs |
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L'Ascension du haut mal T1 couverture
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Vincent : La Lecture de ruines est votre premier album en tant
qu’auteur complet réalisé en dehors de l’Association
David B. : C’est vrai, à l’exception d’Uranis que j’avais codessiné
avec Joann Sfar pour les éditions Dargaud. Chez Dupuis, j’avais déjà
publié un album Le
Capitaine écarlate mais c’est Emmanuel Guibert qui en avait réalisé
les dessins C’est suite à cet album que les éditions Dupuis m’ont
dit qu’ils avaient envie de me publier en tant qu’auteur complet. J’ai accepté
vu que j’aime bien varier les plaisirs et que chez eux les albums sont plutôt
bien payés !
Vincent : Comment êtes-vous entré en contact avec cette
maison d’édition ?
David B. : Ca s’est fait par l’intermédiaire d’Emmanuel
Guibert : il avait déjà publié chez eux La Fille
du professeur sur un scénario de Joann Sfar et comme l’album avait
bien marché, ils ont demandé à Emmanuel un nouveau projet.
Il leur a parlé de notre envie commune d’adapter l’univers de Marcel Schwob.
Et c’est comme ça que je suis entré chez Dupuis.
| Il a encouragé
et suivi le travail de Marjane Satrapi sur Persepolis |
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Persepolis
T2
extrait P62 |
Vincent : Vous collaborez également avec Dargaud pour sa collection
Poisson Pilote. Comment faites-vous pour choisir vos éditeurs ?
David B. : Les choses se font essentiellement par des rencontres.
J’ai donc rencontré Claude Gendrot à Dupuis grâce à
Emmanuel et on s’est bien entendu. Puis Sébastien Naedig qui lui a succédé.
A Dargaud, j’ai rencontré Guy Vidal qui m’a dit qu’il adorait mon travail,
qui est très humain, très généreux et pour qui j’ai
beaucoup de plaisir à travailler.
Vincent : Poisson Pilote publie énormément d’auteurs
de l’Association. C’est un peu devenu une annexe ?
David B. : Non, pas du tout ! Même si Poisson Pilote
fait beaucoup appel à des auteurs de L’Association, c’est Guy qui est l’initiateur
de cette collection et qui en assure seul la responsabilité éditoriale.
Après dix ans de " L’Association ", les grands éditeurs
s’intéressent à nous car nous nous sommes constitués un public
qui nous est propre. Et en nous publiant, ils espèrent cumuler les deux
types de public, le leur et le nôtre. C’est vraiment aux dix ans de travail
fait à l’Association que l’on doit de ne plus être des auteurs qui
doivent aller d’éditeur en éditeur présenter leurs dossiers
avec un carton à dessin sous le bras…
| E. Guibert
lui demande de lui écrire un scénario pour la
collection Aire Libre |
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Le
capitaine écarlate
couverture |
Vincent : Mais maintenant que vous êtes implantés chez
des éditeurs prestigieux, vous n’avez plus besoin de publier d’album à
L’Association ?
David B. : Si, bien sûr ! Je continuerai à
y réaliser certains albums, à traiter certains sujets que je ne
pourrais pas faire ailleurs. Chez des éditeurs traditionnels, ils ne seraient
pas à leur place, ils risqueraient même de ne pas y trouver leur
public.
Actuellement j’ai des envies de réaliser des albums de fiction pour L’Association,
des fictions que je traiterais à ma manière. J’ai même hâte
de m’y mettre dès que j’aurai bouclé L’Ascension
du haut mal.
Vincent : A ses débuts, L’Association avait un fonctionnement
collégial. Arrivez-vous à le préserver malgré le développement
qu’a pris la structure, malgré le fait que ses créateurs dessinent
le plus souvent chez d’autres éditeurs ?
David B. : L’Association a toujours son mode de fonctionnement
collectif. En fait, sur ses six créateurs, nous ne sommes plus que quatre
à nous impliquer fortement dans son fonctionnement (JC. Menu, Killoffer,
Lewis Trondheim et moi). Mais nous avons l’intention de créer un comité
élargi qui inclura les auteurs que ça intéresse et qui ont
beaucoup fait pour L’Association. Je pense à Marjane Satrapi, à
François Ayrolles et à d’autres.
Personnellement, je passe très souvent aux locaux de L’Association, je
regarde les dossiers, j’aime bien donner mon avis et connaître celui des
autres. J’y suis toujours autant attaché.
| Cet album,
inspiré de l'oeuvre de M. Schwob, fait souffler un vent
de poésie sur Paris |
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Le
capitaine écarlate
extrait P61 |
Vincent : Pour chaque album, sur quels critères choisissez-vous
d’être scénariste plutôt qu’auteur complet ?
David B. : C’est souvent le fruit du hasard et encore un fois
des rencontres. Par exemple, pour La Révolte de Hop Frog, j’avais
prévu de dessiner moi-même ce scénario. Et puis, j’ai rencontré
Christophe Blain à l’Atelier des Vosges, on a sympathisé. Et un
jour, il m’a demandé si je pouvais lui écrire une histoire de western.
Je lui ai donc donné mon projet, pour qu’il le dessine. Ce fut la même
chose pour Le Capitaine
écarlate et Emmanuel ou avec Thomas Ott et Mondeville.
En fait, j’aime bien travailler avec d’autres, je trouve très intéressant
de voir comment ils vont se sortir du scénario que je leur propose, comment
ils vont le traiter. On découvre des choses auxquelles on n’avait pas pensé
soi-même, c’est plein de surprises et très enrichissant.
Par exemple Christophe Blain a dessiné La Révolte d’Hop Frog
à l’acrylique, ce que je ne ferai jamais. Le deuxième tome des Aventures
d’Hiram Lowatt, il l’a fait à l’encre mais dans un style très
différent du mien.
Vincent : Vous parlez d’Hiram Lowatt comme d’un western, mais ce
n’en est pas vraiment un en fait ?
| Avec Christophe
Blain, ils créent une BD qui préfigure ce que
sera la collection Poisson Pilote |
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La révolte d'Hop Frog
couverture |
David B. : Si mais c’est en même temps une tentative pour
pervertir le genre : le western utilise des codes précis et je m’amuse
dans ces albums à les décaler…
Vincent : Vous êtes toujours d’accord avec le style qu’adopte
le dessinateur ?
David B. : Généralement oui. La seule exception
fut Le Capitaine écarlate pour lequel Emmanuel avait d’abord opté
pour un style hyperréaliste, ce qui ne me semblait pas convenir à
l’histoire. On en a donc discuté et il m’a tout de suite proposé
un autre graphisme qui m’a ravi et qui est devenu celui du livre.
Vincent : Vous n’avez jamais eu envie d’illustrer le scénario
d’un autre ?
David B. : Non car j’ai plein d’idées donc je n’ai pas
besoin de celles des autres. J’ai bien reçu quelques proposition de scénarios
mais elles ne m’ont pas emballé, je trouvais que leurs auteurs avaient
trop cherché à faire du David B. Mais de toute façon, je
ne suis pas demandeur.
| Après
la révolte des objets, Hiram Lowatt et son ami Placido
seront aux prises de cannibales... |
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Hiram
Lowatt T2 : Les Ogres
extrait P37
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Vincent : Vos êtes un auteur moins prolifique que vos collègues
et amis Joann Sfar et Lewis Trondheim.
David B. : Moi, j’ai du mal à travailler sur plusieurs
choses à la fois. Quand j’ai une nouvelle idée, je la couche sur
le papier mais je me retiens d’aller plus loin. Joann, lui, c’est un boulimique :
quand il a une idée, il fonce, il dessine quelques planches puis il doit
s’arrêter pour faire d’urgence quelques pages du Petit Vampire qu’il doit
livrer très vite. Moi, je ne pourrais pas faire comme lui !
Vincent : Vous semblez très érudit, un grand lecteur.
C’est ce travail de lecture qui vous prend du temps, et vous empêche de
faire plus d’albums ?
David B. : Non pas du tout. Même si je considère
que lire fait partie intégrante de mon travail, je ne m’y consacre qu’en
dehors de mes temps d’écriture et de dessin, je ne mélange pas les
deux types activités.
Vincent : Vos albums, qu’ils soient autobiographiques ou de fiction
semblent tous lourds de sens, de contenu, de références…
David B. : C’est vrai que dans chaque album j’essaie de parler
de quelque chose, de faire passer une idée. Je n’ai aucune envie de faire
un livre de distraction, de pur loisir. Mes livres ont tous une signification,
un sens.
Vincent : Bientôt sortira le tome 6 de L’Ascension
du haut mal qui est prévu pour être le dernier ?
| Pour le tome 4 de son
oeuvre autiobiographique, David B. a reçu à Angoulême
l'Alph-Art du meilleur scénario |
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L'Ascension
du haut mal T4
couverture |
David B. : L’album ne sortira pas si rapidement que ça puisque
je m’y mets seulement. Sinon, oui, ce sera bien le dernier tome. Et comme je ne
suis pas un pur militant de l’autobiographie, après je passerai à
autre chose. En fait, je n’ai rien d’autre à raconter sur ma vie. J’ai
écrit L’Ascension
du haut mal parce
que j’avais besoin de parler de ce sujet, de la maladie de mon frère. Au
début, je pensais en faire seulement trois tomes mais les choses ont pris
de l’ampleur et j’ai eu besoin de plus d’albums pour venir à bout de cette
histoire.
Vincent : Quand on lit L'Ascension
du haut mal, on est frappé par la sincérité de votre
ton, par votre proximité avec l’adolescent que vous étiez à
l’époque.
Oui, j’essaie de raconter les choses comme je les ai ressenties à l’époque,
j’y fais très attention.
Vincent : Comment ces livres ont-ils été reçus
par vos proches, votre famille ?
| En 6 volumes,
David B. raconte la
confrontation de sa famille à la terrible maladie de
son frère. |
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L'Ascension
du haut mal T4
extrait P14
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David B. : Pas très bien en fait, j’ai même été
brouillé pendant trois ans avec mes parents. Heureusement on a fini par
se réconcilier et ma soeur m’a toujours soutenu. Mes parents ont été
très touchés, ont pris mes livres comme une attaque même si
je n’avais aucune envie de leur faire du mal, même si je ne leur adresse
aucun reproche dans mes livres. Cette brouille ne m’a pas pour autant incité
à arrêter mon entreprise, je voulais aller jusqu’au bout, quoi qu’il
se passe.
Vincent : Durant cette période de l’adolescence vous semblez
avoir développé un goût très prononcé pour les
sciences occultes.
David B. : Oui, toutes ces choses exerçaient sur moi
une véritable fascination alors même que je n’y croyais pas du tout !
Mais je trouvais ça encore plus intéressant que les livres de science-fiction
parce que les auteurs y croyaient, qu’ils disaient que c’était vrai.
En fait, je n’ai jamais eu la foi. Mon père était très catholique
et nous emmenait à la messe. Mais je n’avais pas la fibre mystique. J’étais
juste curieux, je me suis toujours intéressé à tout !
Vincent : Dans Persepolis,
Marjane Satrapi utilise pour raconter son enfance, un graphisme et un style très
proche du votre…
David B. : Marjane vient d’un pays, l’Iran, qui n’a aucune culture
BD. Comme dans la plupart des pays musulmans, il existe une tradition du dessin
de presse mais pas de la BD. J’ai connu Marjane par l’intermédiaire de
Christophe Blain, encore une fois à l’Atelier des Vosges. Et souvent elle
nous racontait ses souvenirs d’enfance, nous parlait de la vie dans son pays.
C’était super intéressant, parfois drôle, parfois très
émouvant. Alors, on l’a encouragé à rassembler tout ça
sous forme de BD. Et au bout d’un moment, elle a fini par s’y mettre.
A la base, elle n’aimait pas la BD. Et il se trouve que la première BD
qu’elle ait vraiment aimé, c’était L’Ascension
du haut mal. Alors elle l’a prise comme référence pour son
travail. Je dois dire que ça ne me gène absolument pas et que je
suis très heureux que mon dessin ait pu lui servir de support pour réaliser
son album, pour avoir du succès ! C’est un peu comme quand je donne un
scénario que j’avais écrit pour moi, je suis heureux que le dessinateur
en fasse quelque chose à lui.
Je n’étais pas le seul à suivre son travail, il y avait également
Christophe Blain et Emile
Bravo - auteur des aventures
de Jules aux Editions Dargaud - qui travaillaient dans le même atelier
qu’elle.
Vincent : Pouvez-vous me citer un de vos coups de coeur pour un album
qui n’est pas l’oeuvre d’un de vos copains de l’Association ?
David B. : J’aime beaucoup Ibicus
de Pascal Rabaté. A partir d’un thème historique et d’un roman il
a réalisé une superbe adaptation.
| L'ésotérisme
qui a constitué un refuge, un espoir pour ses parents
l'a lui-aussi passionné. |
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L'Ascension
du haut mal T5
extrait P20 |
Vincent : Vos projets pour les mois à venir ?
David B. : Comme je l’ai dit, à court terme je voudrais
boucler le dernier tome de L’Ascension
du haut mal puis réaliser mon premier album en solo pour la collection
" Poisson Pilote " de chez Dargaud. Ensuite ce sera soit une
fiction pour l’Association, soit un nouvel album pour Dupuis qui m’en a déjà
formulé la demande. Coté scénario, j’ai trois scénarios
de prêts pour Ott, Mezzo
et Duffour, et dès
que Christophe sera disponible, je lui écrirai le troisième tome
des aventures d’Hiram Lowatt
pour lequel j’ai d’ores et déjà trouvé une idée de
départ.
Interview réalisée par Vincent au Festival de
Saint-Malo.
Vincent
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