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L'interview !

David B.

Auteur de l'album "La lecture des ruines" et de la série "L'Ascension du haut mal"

Mise en ligne :
4 janvier 2002

David B. fait partie de ces talentueux auteurs issus de l'Association - dont il est un des créateurs - et qui font dorénavant les beaux jours des grands éditeurs : déjà deux albums fort remarqués chez Aire Libre - Dupuis dont La Lecture des Ruines nominé à Angoulême et deux albums de la série Hiram Lowatt avec son complice Christophe Blain chez Dargaud - Poisson Pilote. Il n'en oublie pas pour autant son œuvre autobiographique et devrait boucler cette année sa fascinante " Ascension du haut mal ". Rencontre avec un auteur et surtout un scénariste d'exception qui concourt à l'élargissement du champ des possibles en bande dessinée.

Propos recueillis par
Vincent

Navigation rapide

1- L'instructive lecture des ruines
2- L'instructive lecture des ruines
3- David B. le scénariste
4- L’Ascension du haut mal et Persepolis, une communauté de style
5- Coups de coeur et projets

1 - L'instructive lecture des ruines

Jan Van Meer est agent secret mais aussi un folkloriste qui étudie les croyances liées à la guerre

La lecture
des ruines

extrait P10

Vincent : La Lecture des Ruines est une allégorie sur la violence de la guerre ?
David B. : Oui. C’est l’histoire d’un savant fou qui cherche dans les ruines engendrées par la guerre, une sorte d’équation mathématique de la violence. Et comme il est fou, il ne peut que la trouver. L’envie de faire ce livre provient sans doute de mon expérience avec mon frère : j’ai été à la fois marqué et fasciné par la violence de ses crises d’épilepsie. Et j’ai voulu mettre en scène des personnages, militaires, savants, que la fascination de la guerre rend fous.

Vincent : L’histoire se passe durant la première guerre mondiale, et inévitablement, vos dessins font penser à Jacques Tardi.
David B. : J’aime bien ce que fait Tardi, il constitue une de mes influences majeures, je ne vais pas la renier. Et puis, lorsqu’on parle de tranchées, ses dessins ne peuvent qu’être présents à l’esprit. Mais je crois que mon livre ne traite pas du même type de sujet que lui, qu’on n’est pas dans la même veine de récit.

Vincent : L’histoire de La Lecture des ruines ne court que sur un seul tome mais au prix d’une forte pagination.
David B. : Dans la collection Aire Libre, les albums peuvent faire de soixante à soixante-seize pages. Moi, j’ai tout simplement utilisé le maximum autorisé, plus le petit dossier de la fin.

Vincent : Justement, ce dossier final présente un journal qui s’intitule Les Incidents de la nuit. C’est un périodique qui a véritablement existé ou le moyen de faire le lien avec le livre du même nom que vous avez publié à L’Association il y a quelques années.
En pleine guerre naîtra une histoire d'amour entre personnes a priori ennemies
La lecture
des ruines

extrait P65
David B. : Comme la plupart des éléments de ce livre, ce journal est purement imaginaire. C’est effectivement aussi un clin d’œil à mon précédent ouvrage. Mais La Lecture des ruines n’en constitue en aucun cas une suite. Ils sont totalement indépendants.

Vincent : On sent que vous vous êtes appuyés sur une solide documentation pour construire votre récit. Certains événements ou personnages sont directement issus de la réalité ?
David B. : Aucun des personnages du livre n’a existé. Par contre la troisième bataille d’Ypres que je raconte à la fin du livre a bien existé. C’est une offensive qui a été déclenchée en plein été mais qui s’est complètement enlisée au bout d’une semaine à cause des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le champ de bataille. Toutes les inventions de l’ingénieur Hellequin sont-elles aussi issues de mon imagination. Par contre, la théorie du savant allemand Robert selon laquelle un homme que l’on empêche de rêver devient fou, elle, est bien authentique.

David B. publie son oeuvre la plus personnelle à L'Association dont il est un des fondateurs

L'Ascension du haut mal T1 couverture

2 - La vie à l’Association et en dehors

Vincent : La Lecture de ruines est votre premier album en tant qu’auteur complet réalisé en dehors de l’Association
David B. : C’est vrai, à l’exception d’Uranis que j’avais codessiné avec Joann Sfar pour les éditions Dargaud. Chez Dupuis, j’avais déjà publié un album Le Capitaine écarlate mais c’est Emmanuel Guibert qui en avait réalisé les dessins C’est suite à cet album que les éditions Dupuis m’ont dit qu’ils avaient envie de me publier en tant qu’auteur complet. J’ai accepté vu que j’aime bien varier les plaisirs et que chez eux les albums sont plutôt bien payés !

Vincent : Comment êtes-vous entré en contact avec cette maison d’édition ?
David B. : Ca s’est fait par l’intermédiaire d’Emmanuel Guibert : il avait déjà publié chez eux La Fille du professeur sur un scénario de Joann Sfar et comme l’album avait bien marché, ils ont demandé à Emmanuel un nouveau projet. Il leur a parlé de notre envie commune d’adapter l’univers de Marcel Schwob. Et c’est comme ça que je suis entré chez Dupuis.

Il a encouragé et suivi le travail de Marjane Satrapi sur Persepolis
Persepolis T2
extrait P62

Vincent : Vous collaborez également avec Dargaud pour sa collection Poisson Pilote. Comment faites-vous pour choisir vos éditeurs ?
David B. : Les choses se font essentiellement par des rencontres. J’ai donc rencontré Claude Gendrot à Dupuis grâce à Emmanuel et on s’est bien entendu. Puis Sébastien Naedig qui lui a succédé. A Dargaud, j’ai rencontré Guy Vidal qui m’a dit qu’il adorait mon travail, qui est très humain, très généreux et pour qui j’ai beaucoup de plaisir à travailler.

Vincent : Poisson Pilote publie énormément d’auteurs de l’Association. C’est un peu devenu une annexe ?
David B. : Non, pas du tout ! Même si Poisson Pilote fait beaucoup appel à des auteurs de L’Association, c’est Guy qui est l’initiateur de cette collection et qui en assure seul la responsabilité éditoriale.
Après dix ans de " L’Association ", les grands éditeurs s’intéressent à nous car nous nous sommes constitués un public qui nous est propre. Et en nous publiant, ils espèrent cumuler les deux types de public, le leur et le nôtre. C’est vraiment aux dix ans de travail fait à l’Association que l’on doit de ne plus être des auteurs qui doivent aller d’éditeur en éditeur présenter leurs dossiers avec un carton à dessin sous le bras…

E. Guibert lui demande de lui écrire un scénario pour la collection Aire Libre
Le capitaine écarlate
couverture

Vincent : Mais maintenant que vous êtes implantés chez des éditeurs prestigieux, vous n’avez plus besoin de publier d’album à L’Association ?
David B. : Si, bien sûr ! Je continuerai à y réaliser certains albums, à traiter certains sujets que je ne pourrais pas faire ailleurs. Chez des éditeurs traditionnels, ils ne seraient pas à leur place, ils risqueraient même de ne pas y trouver leur public.
Actuellement j’ai des envies de réaliser des albums de fiction pour L’Association, des fictions que je traiterais à ma manière. J’ai même hâte de m’y mettre dès que j’aurai bouclé L’Ascension du haut mal.

Vincent : A ses débuts, L’Association avait un fonctionnement collégial. Arrivez-vous à le préserver malgré le développement qu’a pris la structure, malgré le fait que ses créateurs dessinent le plus souvent chez d’autres éditeurs ?
David B. : L’Association a toujours son mode de fonctionnement collectif. En fait, sur ses six créateurs, nous ne sommes plus que quatre à nous impliquer fortement dans son fonctionnement (JC. Menu, Killoffer, Lewis Trondheim et moi). Mais nous avons l’intention de créer un comité élargi qui inclura les auteurs que ça intéresse et qui ont beaucoup fait pour L’Association. Je pense à Marjane Satrapi, à François Ayrolles et à d’autres.
Personnellement, je passe très souvent aux locaux de L’Association, je regarde les dossiers, j’aime bien donner mon avis et connaître celui des autres. J’y suis toujours autant attaché.

Cet album, inspiré de l'oeuvre de M. Schwob, fait souffler un vent de poésie sur Paris
Le capitaine écarlate
extrait P61

3- David B. le scénariste

Vincent : Pour chaque album, sur quels critères choisissez-vous d’être scénariste plutôt qu’auteur complet ?
David B. : C’est souvent le fruit du hasard et encore un fois des rencontres. Par exemple, pour La Révolte de Hop Frog, j’avais prévu de dessiner moi-même ce scénario. Et puis, j’ai rencontré Christophe Blain à l’Atelier des Vosges, on a sympathisé. Et un jour, il m’a demandé si je pouvais lui écrire une histoire de western. Je lui ai donc donné mon projet, pour qu’il le dessine. Ce fut la même chose pour Le Capitaine écarlate et Emmanuel ou avec Thomas Ott et Mondeville.
En fait, j’aime bien travailler avec d’autres, je trouve très intéressant de voir comment ils vont se sortir du scénario que je leur propose, comment ils vont le traiter. On découvre des choses auxquelles on n’avait pas pensé soi-même, c’est plein de surprises et très enrichissant.
Par exemple Christophe Blain a dessiné La Révolte d’Hop Frog à l’acrylique, ce que je ne ferai jamais. Le deuxième tome des Aventures d’Hiram Lowatt, il l’a fait à l’encre mais dans un style très différent du mien.

Vincent : Vous parlez d’Hiram Lowatt comme d’un western, mais ce n’en est pas vraiment un en fait ?
Avec Christophe Blain, ils créent une BD qui préfigure ce que sera la collection Poisson Pilote
La révolte d'Hop Frog
couverture
David B. : Si mais c’est en même temps une tentative pour pervertir le genre : le western utilise des codes précis et je m’amuse dans ces albums à les décaler…

Vincent : Vous êtes toujours d’accord avec le style qu’adopte le dessinateur ?
David B. : Généralement oui. La seule exception fut Le Capitaine écarlate pour lequel Emmanuel avait d’abord opté pour un style hyperréaliste, ce qui ne me semblait pas convenir à l’histoire. On en a donc discuté et il m’a tout de suite proposé un autre graphisme qui m’a ravi et qui est devenu celui du livre.

Vincent : Vous n’avez jamais eu envie d’illustrer le scénario d’un autre ?
David B. : Non car j’ai plein d’idées donc je n’ai pas besoin de celles des autres. J’ai bien reçu quelques proposition de scénarios mais elles ne m’ont pas emballé, je trouvais que leurs auteurs avaient trop cherché à faire du David B. Mais de toute façon, je ne suis pas demandeur.

Après la révolte des objets, Hiram Lowatt et son ami Placido seront aux prises de cannibales...

Hiram Lowatt T2 : Les Ogres
extrait P37

Vincent : Vos êtes un auteur moins prolifique que vos collègues et amis Joann Sfar et Lewis Trondheim.
David B. : Moi, j’ai du mal à travailler sur plusieurs choses à la fois. Quand j’ai une nouvelle idée, je la couche sur le papier mais je me retiens d’aller plus loin. Joann, lui, c’est un boulimique : quand il a une idée, il fonce, il dessine quelques planches puis il doit s’arrêter pour faire d’urgence quelques pages du Petit Vampire qu’il doit livrer très vite. Moi, je ne pourrais pas faire comme lui !

Vincent : Vous semblez très érudit, un grand lecteur. C’est ce travail de lecture qui vous prend du temps, et vous empêche de faire plus d’albums ?
David B. : Non pas du tout. Même si je considère que lire fait partie intégrante de mon travail, je ne m’y consacre qu’en dehors de mes temps d’écriture et de dessin, je ne mélange pas les deux types activités.

Vincent : Vos albums, qu’ils soient autobiographiques ou de fiction semblent tous lourds de sens, de contenu, de références…
David B. : C’est vrai que dans chaque album j’essaie de parler de quelque chose, de faire passer une idée. Je n’ai aucune envie de faire un livre de distraction, de pur loisir. Mes livres ont tous une signification, un sens.

4- L’Ascension du haut mal et Persepolis, une communauté de style

Vincent : Bientôt sortira le tome 6 de L’Ascension du haut mal qui est prévu pour être le dernier ?
Pour le tome 4 de son oeuvre autiobiographique, David B. a reçu à Angoulême l'Alph-Art du meilleur scénario
L'Ascension
du haut mal T4

couverture
David B. : L’album ne sortira pas si rapidement que ça puisque je m’y mets seulement. Sinon, oui, ce sera bien le dernier tome. Et comme je ne suis pas un pur militant de l’autobiographie, après je passerai à autre chose. En fait, je n’ai rien d’autre à raconter sur ma vie. J’ai écrit L’Ascension du haut mal parce que j’avais besoin de parler de ce sujet, de la maladie de mon frère. Au début, je pensais en faire seulement trois tomes mais les choses ont pris de l’ampleur et j’ai eu besoin de plus d’albums pour venir à bout de cette histoire.

Vincent : Quand on lit L'Ascension du haut mal, on est frappé par la sincérité de votre ton, par votre proximité avec l’adolescent que vous étiez à l’époque.
Oui, j’essaie de raconter les choses comme je les ai ressenties à l’époque, j’y fais très attention.

Vincent : Comment ces livres ont-ils été reçus par vos proches, votre famille ?
En 6 volumes, David B. raconte la confrontation de sa famille à la terrible maladie de son frère.

L'Ascension
du haut mal T4

extrait P14

David B. : Pas très bien en fait, j’ai même été brouillé pendant trois ans avec mes parents. Heureusement on a fini par se réconcilier et ma soeur m’a toujours soutenu. Mes parents ont été très touchés, ont pris mes livres comme une attaque même si je n’avais aucune envie de leur faire du mal, même si je ne leur adresse aucun reproche dans mes livres. Cette brouille ne m’a pas pour autant incité à arrêter mon entreprise, je voulais aller jusqu’au bout, quoi qu’il se passe.

Vincent : Durant cette période de l’adolescence vous semblez avoir développé un goût très prononcé pour les sciences occultes.
David B. : Oui, toutes ces choses exerçaient sur moi une véritable fascination alors même que je n’y croyais pas du tout ! Mais je trouvais ça encore plus intéressant que les livres de science-fiction parce que les auteurs y croyaient, qu’ils disaient que c’était vrai.
En fait, je n’ai jamais eu la foi. Mon père était très catholique et nous emmenait à la messe. Mais je n’avais pas la fibre mystique. J’étais juste curieux, je me suis toujours intéressé à tout !

Vincent : Dans Persepolis, Marjane Satrapi utilise pour raconter son enfance, un graphisme et un style très proche du votre…
David B. : Marjane vient d’un pays, l’Iran, qui n’a aucune culture BD. Comme dans la plupart des pays musulmans, il existe une tradition du dessin de presse mais pas de la BD. J’ai connu Marjane par l’intermédiaire de Christophe Blain, encore une fois à l’Atelier des Vosges. Et souvent elle nous racontait ses souvenirs d’enfance, nous parlait de la vie dans son pays. C’était super intéressant, parfois drôle, parfois très émouvant. Alors, on l’a encouragé à rassembler tout ça sous forme de BD. Et au bout d’un moment, elle a fini par s’y mettre.
Son récit est sans concession pour ses proches mais également pour lui-même.

L'Ascension
du haut mal T4

extrait P40

A la base, elle n’aimait pas la BD. Et il se trouve que la première BD qu’elle ait vraiment aimé, c’était L’Ascension du haut mal. Alors elle l’a prise comme référence pour son travail. Je dois dire que ça ne me gène absolument pas et que je suis très heureux que mon dessin ait pu lui servir de support pour réaliser son album, pour avoir du succès ! C’est un peu comme quand je donne un scénario que j’avais écrit pour moi, je suis heureux que le dessinateur en fasse quelque chose à lui.
Je n’étais pas le seul à suivre son travail, il y avait également Christophe Blain et Emile Bravo - auteur des aventures de Jules aux Editions Dargaud - qui travaillaient dans le même atelier qu’elle.

5 - Coups de coeur et projets

Vincent : Pouvez-vous me citer un de vos coups de coeur pour un album qui n’est pas l’oeuvre d’un de vos copains de l’Association ?
David B. : J’aime beaucoup Ibicus de Pascal Rabaté. A partir d’un thème historique et d’un roman il a réalisé une superbe adaptation.

L'ésotérisme qui a constitué un refuge, un espoir pour ses parents l'a lui-aussi passionné.
L'Ascension
du haut mal T5

extrait P20

Vincent : Vos projets pour les mois à venir ?
David B. : Comme je l’ai dit, à court terme je voudrais boucler le dernier tome de L’Ascension du haut mal puis réaliser mon premier album en solo pour la collection " Poisson Pilote " de chez Dargaud. Ensuite ce sera soit une fiction pour l’Association, soit un nouvel album pour Dupuis qui m’en a déjà formulé la demande. Coté scénario, j’ai trois scénarios de prêts pour Ott, Mezzo et Duffour, et dès que Christophe sera disponible, je lui écrirai le troisième tome des aventures d’Hiram Lowatt pour lequel j’ai d’ores et déjà trouvé une idée de départ.

 

Interview réalisée par Vincent au Festival de Saint-Malo.

Vincent

 

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