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Interview

Luc Jacamon


Mise en ligne :
4 septembre 2002

Avec son 4ème tome, le Tueur confirme tout le bien qu’on pensait de cette série (pas de son héros, bien sûr !). Sur un scénario inhabituel de Matz, Luc Jacamon fait montre d’un rare talent et d’une recherche permanente. La preuve qu’il n’y a pas que les albums souples en noir et blanc parus chez des éditeurs dits indépendants qui puissent faire bouger l’art de la BD !

Navigation rapide

1- Génèse du Tueur et thématique
2- Découpage
3- Le graphisme et son évolution
4- Goûts et projets

1 - Genèse du Tueur et thématique

Le Tueur T.4, la couvzerture
Crayonné de la 1ère case

Vincent : Sauf erreur de ma part, Le Tueur es ta première série. Comment as-tu démarré ? Comment as-tu rencontré Matz ?
Luc Jacamon : Le Tueur" est effectivement ma première expérience éditoriale, elle est la résultante d'une rencontre entre Matz et moi par l'intermédiaire d'un ami qui travaillait dans la même société que Matz. Il s'est trouvé que nous étions tous les deux intéressés par le genre du polar.

Vincent : Comment est née l'idée de la série et du personnage ? As-tu participé aux choix des lieux, du climat, et de ce personnage ? Au choix de cette narration particulière avec ce personnage qui se raconte…
Luc Jacamon : Le scénario était pré-existant, ce qui me convenait très bien car je pars du principe que le dessinateur doit se mettre au service d'une histoire. Bien sûr, il y a toujours des compromis à trouver pour bien s'accorder. Mais en aucun cas le dessinateur ne doit travestir l'histoire en fonction de ce qu’il préfère dessiner.
Le scénario m'a beaucoup plu par son originalité à savoir effectivement la narration en voix off ainsi que son aspect très contemporain. La difficulté du huis-clos s'est révélée très intéressante à mettre en scène. J'ai du traiter le personnage sous un angle essentiellement psychologique, ce qui implique toute une gestuelle, des ambiances et des cadrages particuliers.

Vincent :Dans le cynisme du personnage, faut-il voir une part de cynisme des auteurs ?
L uc Jacamon : Ce serait à Matz de répondre mais je pense pouvoir dire que le cynisme du personnage est intrinsèquement lié à son statut de tueur. Je veux dire que Matz a "fabriqué" un personnage de tueur dont l'activité implique une vision cynique des choses. Il n'en reste pas moins que lorsqu'on crée un personnage, on y met toujours un peu de soi...

Vincent : N'est-ce pas trop difficile de faire vivre un antihéros ?
Luc Jacamon : Personnellement, le fait que le personnage soit un antihéros et c'est peu de le dire, ne me pose aucun problème, beaucoup d'acteurs de cinéma diront qu'ils préfèrent jouer les rôles de méchants ou de fêlés… Et bien c'est pareil pour la bd. Car un personnage de bd que l'on dessine, on le joue, quelque part. Et ce genre de rôle est bien plus intéressant à aborder.

Image non utilisée

Un héros impitoyable mais attachant

Ex-libris librairie Folle Image

Solitaire, le Tueur finit par s'attacher… Pour le meilleur ou pour le pire ?

Vincent : Pourquoi le choix de Paris comme cadre des premières aventures alors que tu es belge ?
Luc Jacamon : Je ne suis pas belge mais français. Le choix de Paris est donc simplement lié au fait que c'est une ville que j'aime et dans laquelle je vis. Il est donc plus facile pour moi de la prendre pour décor.

Vincent : Le scénario des différents albums semble vraiment former un tout et donc être écrit à l'avance. Connaissez-vous déjà les principaux rebondissements à venir ? Sur combien d’albums devrait courir l’histoire ?
Luc Jacamon : La trame du scénario existe déjà. Quant à l'écriture des dialogues, elle se fait au fur et à mesure avec suffisamment d'avance sur la réalisation des planches. Le Tueur constituera une série de 5 albums.

Vincent : Matz vous a donc donné le synopsis des 5 albums ou vous préférez découvrir page après page ?
Luc Jacamon : Non, car la série n’a pas été construite au départ pour se dérouler sur 5 albums. L'écriture s'est faite au fur et à mesure. Nous avons décidé avec un peu d'avance d'arrêter la série au 5ème album car je ne voulais pas m'enliser dans une série à rallonge. D'une part par rapport au scénario qui repose beaucoup sur un monologue introspectif et qui peut donc très vite trouver ses limites sur la longueur. Mais aussi par rapport à mon envie d'explorer d'autres territoires et d'anticiper une quelconque lassitude à dessiner un personnage sur une longue période. La série du Tueur représentera en tout quelques 7 années de ma vie, je pense qu'il est donc légitime pour moi de vouloir tourner la page...

2 - Découpage

Le Tueur T.2 page 15

Le scénario du Tueur lézarde puis avance par à-coups, à l'image d'un alligator…

Le Tueur T.4 page 21

Les aventures du Tueur s'accompagnent d'un monologue introspectif

Vincent : Le découpage de l'histoire est assez particulier : le héros philosophe et puis en quelques pages une action violente est écrite. Le rythme (tranquille puis vif) fait penser aux alligators qui semblent être l'emblème du Tueur. Est-ce volontaire ?
Luc Jacamon : Le découpage, qui alterne les scènes très posées et les scènes plus violentes a pour fonction de donner du rythme à une histoire qui se serait limitée sans cela à un long monologue ennuyeux. Les scènes les plus violentes agissent également comme un rappel à l'ordre pour le lecteur qui prend alors plus de recul par rapport au personnage et à son discours posé et logique au premier abord. La correspondance avec l'alligator sur ce point précis n'est pas forcément préméditée mais en tout cas plutôt heureuse.

Vincent : Tu adoptes toi-même un découpage très original avec de grandes images sans que cela paraisse vide, tu insères des cases de gros plan (T2 P18 et 20), tu mets plusieurs actions dans une même case (T2 P22, P38 ou T4 P48)... Matz te donne des indications, tu travailles ça au story-board pour vérifier que ça passe ?
Luc Jacamon : La mise en page reste à mon initiative. Matz suggère un découpage à partir duquel je peux imaginer des insertions et des effets qui vont dans le sens des ambiances que je dois traduire. Il y a entre Matz et moi une sorte d'accord tacite qui fait que nous n'empiétons pas sur le travail de l'autre et qui permet à chacun de s'exprimer pleinement.
Sinon, il n'y a pas de storyboard, j'aborde les planches au fur et à mesure. La lecture de deux ou trois planches me suffit à visualiser ce qu'il m'est possible de faire. Le crayonné s'affine ensuite en plusieurs étapes successives.

Le Tueur T.2 page 23

Parmi les innovations de Luc Jacamon, la narration de scènes d'action…

Le Tueur T.4 page 48
…au travers d'images fondues en une seule case.

3 - Le Graphisme et son évolution

Vincent : Dès ton premier album tu as adopté un dessin des personnages, un graphisme original. Tu avais mûri ce dessin pendant tes études ? Tu as des sources d'inspiration ?
Luc Jacamon : Le style de mon dessin s'est affirmé pendant plusieurs années. Ceci à travers de multiples expérimentations techniques. Je n'ai eu ni formation ni réelles influences. Je me suis essentiellement attaché à trouver de bonnes sensations et à éviter les influences trop marquées. Les dessinateurs clones sont trop nombreux et la production trop importante pour ne pas essayer d'affirmer un minimum de personnalité. Je dirais même que c'est une question de survie pour un dessinateur comme moi qui débarque.

Vincent : Dans le premier album tu entourais souvent tes personnages d'un liseré blanc mais celui-ci a ensuite été supprimé. C'était pour mieux détacher les personnages ?
Luc Jacamon : Le liseré blanc qui entourait certaines silhouettes faisait partie de ces quelques "expérimentations" qui jalonnent un album, voire une série et avait pour but de créer une petite vibration graphique au niveau du trait (je suis obsédé par le trait que j'essaie de travailler avec beaucoup de soin). Je l'ai abandonné ensuite.

incent : Il s’est écoulé près de 2 ans entre le T1 et le T2. Pourquoi ? Tu prends beaucoup de temps pour chaque album et on sent une grosse différence de maturité entre les deux albums… Tu fais beaucoup d'essais avant de réaliser la planche définitive ?
Luc Jacamon : La difficulté est, dans une série, de pouvoir avancer graphiquement sans remettre en cause l'homogénéité de celle-ci. C'est peut-être ce qui explique qu'il y ait au moins un an entre chaque album.

Vincent : Ta technique d'encrage est bizarre : tu utilises un trait hyper irrégulier... Tu fais ça avec quoi ? Par tous petits traits ou pleins et déliés ?
Luc Jacamon : Encore une fois, le travail du trait retient une fois toute mon attention, il est le résultat de mes recherches "d'outils" : j’utilise un feutre calligraphique japonais à la pointe plate suffisamment solide pour supporter mes tortures.

Le Tueur T.2 page 9
De couleurs aux feutres, Luc Jacamon est passé à l'utilisation d'une palette informatique.

Vincent : Tu changes d'épaisseur de trait entre premier et second plan que parfois tu n'encres d'ailleurs pas.
Luc Jacamon : Je n'encre pas systématiquement les arrières plans de façon à donner un maximum de profondeur aux images. La couleur se suffit alors à elle-même.

Vincent : Justement, quelle technique de couleurs utilises-tu ? Couleurs directes ou sur ordinateur ? Tu encres après ?
Luc Jacamon : Je ne dissocie pas la couleur du dessin. J'utilisais auparavant une gamme de feutres d'environ 450 couleurs qui a fini par trouver ses limites. J'utilise aujourd'hui l'ordinateur qui met à ma disposition 16 millions de couleurs ! Je scanne donc mon trait au noir et j'effectue toute la mise en couleurs sur écran à l'aide d'une palette graphique afin de reproduire au mieux la gestuelle de ma main. Tout cela en évitant de tomber dans les pièges quelque peu systématiques de l'ordinateur qui donnent des rendus assez froids. Cette technique de mise en couleurs par ordinateur m'apporte pour l'instant un certain équilibre mais reste malgré tout encore un véritable champ d'expérimentation et c'est aussi pour ça qu'elle me plaît. On ne se refait pas !...

4 - Goûts et projets

Vincent : Tu lis pas mal de bd ou préfère le ciné, les polars ?
Luc Jacamon : Je lis peu de BD, ce qui me permet peut-être encore une fois de me dégager d'influences trop marquées. Ceci dit, j'apprécie beaucoup le travail de Munoz, Breccia, Baru, Chauzy. Le cinéma et les polars font également partie de ma nourriture, notamment le cinéma des frères Cohen. Il y a également un polar récemment paru qui trouve une résonance particulière avec notre série, à savoir Le Couperet de Donald Westlake, qui raconte l'histoire d'un cadre moyen à la recherche d'un boulot et qui est prêt à liquider "physiquement" tous ses concurrents sur son secteur d'activité qu'est la pâte à papier...

Vincent : Tu te consacres uniquement au Tueur ou tu as d'autres activités (pour vivre ou pour le plaisir ?)
Luc Jacamon : Mon activité se focalise essentiellement sur la série du Tueur mais je m'accorde cependant du temps pour l'illustration publicitaire dans un style complètement différent.

Vincent : Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Luc Jacamon : D’abord finir la série du Tueur dans les meilleures conditions possibles et peut-être essayer, après, d'écrire mon propre scénario, histoire de tenter de nouvelles expériences...

Interview réalisée par Vincent
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