| Le Tueur T.4, la couvzerture |
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| Crayonné de la 1ère case |
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Vincent : Sauf erreur de ma part, Le Tueur es ta première
série. Comment as-tu démarré ? Comment as-tu rencontré Matz ?
Luc Jacamon : Le Tueur" est effectivement ma première
expérience éditoriale, elle est la résultante d'une rencontre entre Matz et moi
par l'intermédiaire d'un ami qui travaillait dans la même société que Matz. Il
s'est trouvé que nous étions tous les deux intéressés par le genre du polar.
Vincent : Comment est née l'idée de la série et du personnage
? As-tu participé aux choix des lieux, du climat, et de ce personnage ? Au choix
de cette narration particulière avec ce personnage qui se raconte…
Luc Jacamon : Le scénario était pré-existant, ce qui me convenait
très bien car je pars du principe que le dessinateur doit se mettre au service
d'une histoire. Bien sûr, il y a toujours des compromis à trouver pour bien s'accorder.
Mais en aucun cas le dessinateur ne doit travestir l'histoire en fonction de ce
qu’il préfère dessiner.
Le scénario m'a beaucoup plu par son originalité à savoir effectivement la narration
en voix off ainsi que son aspect très contemporain. La difficulté du huis-clos
s'est révélée très intéressante à mettre en scène. J'ai du traiter le personnage
sous un angle essentiellement psychologique, ce qui implique toute une gestuelle,
des ambiances et des cadrages particuliers.
Vincent :Dans le cynisme du personnage, faut-il voir une part
de cynisme des auteurs ?
L uc Jacamon : Ce serait à Matz de répondre mais je pense pouvoir
dire que le cynisme du personnage est intrinsèquement lié à son statut de tueur.
Je veux dire que Matz a "fabriqué" un personnage de tueur dont l'activité
implique une vision cynique des choses. Il n'en reste pas moins que lorsqu'on
crée un personnage, on y met toujours un peu de soi...
Vincent : N'est-ce pas trop difficile de faire vivre un antihéros
?
Luc Jacamon : Personnellement, le fait que le personnage soit
un antihéros et c'est peu de le dire, ne me pose aucun problème, beaucoup d'acteurs
de cinéma diront qu'ils préfèrent jouer les rôles de méchants ou de fêlés… Et
bien c'est pareil pour la bd. Car un personnage de bd que l'on dessine, on le
joue, quelque part. Et ce genre de rôle est bien plus intéressant à aborder.
| Image non utilisée |
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Un héros impitoyable mais attachant
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| Ex-libris librairie Folle Image |
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Solitaire, le Tueur finit par s'attacher
Pour le meilleur ou pour
le pire ?
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Vincent : Pourquoi le choix de Paris comme cadre des premières
aventures alors que tu es belge ?
Luc Jacamon : Je ne suis pas belge mais français. Le choix
de Paris est donc simplement lié au fait que c'est une ville que j'aime et dans
laquelle je vis. Il est donc plus facile pour moi de la prendre pour décor.
Vincent : Le scénario des différents albums semble vraiment
former un tout et donc être écrit à l'avance. Connaissez-vous déjà les principaux
rebondissements à venir ? Sur combien d’albums devrait courir l’histoire ?
Luc Jacamon : La trame du scénario existe déjà. Quant à l'écriture
des dialogues, elle se fait au fur et à mesure avec suffisamment d'avance sur
la réalisation des planches. Le Tueur constituera une série de 5 albums.
Vincent : Matz vous a donc donné le synopsis des 5 albums ou vous préférez
découvrir page après page ?
Luc Jacamon : Non, car la série n’a pas été construite au départ
pour se dérouler sur 5 albums. L'écriture s'est faite au fur et à mesure. Nous
avons décidé avec un peu d'avance d'arrêter la série au 5ème album car je ne voulais
pas m'enliser dans une série à rallonge. D'une part par rapport au scénario qui
repose beaucoup sur un monologue introspectif et qui peut donc très vite trouver
ses limites sur la longueur. Mais aussi par rapport à mon envie d'explorer d'autres
territoires et d'anticiper une quelconque lassitude à dessiner un personnage sur
une longue période. La série du Tueur représentera en tout quelques 7 années de
ma vie, je pense qu'il est donc légitime pour moi de vouloir tourner la page...
2 - Découpage
| Le Tueur T.2 page 15 |
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Le scénario du Tueur lézarde puis avance par à-coups,
à l'image d'un alligator
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| Le Tueur T.4 page 21 |
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Les aventures du Tueur s'accompagnent d'un monologue introspectif
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Vincent : Le découpage de l'histoire est assez particulier :
le héros philosophe et puis en quelques pages une action violente est écrite.
Le rythme (tranquille puis vif) fait penser aux alligators qui semblent être l'emblème
du Tueur. Est-ce volontaire ?
Luc Jacamon : Le découpage, qui alterne les scènes très posées
et les scènes plus violentes a pour fonction de donner du rythme à une histoire
qui se serait limitée sans cela à un long monologue ennuyeux. Les scènes les plus
violentes agissent également comme un rappel à l'ordre pour le lecteur qui prend
alors plus de recul par rapport au personnage et à son discours posé et logique
au premier abord. La correspondance avec l'alligator sur ce point précis n'est
pas forcément préméditée mais en tout cas plutôt heureuse.
Vincent : Tu adoptes toi-même un découpage très original avec
de grandes images sans que cela paraisse vide, tu insères des cases de gros plan
(T2 P18 et 20), tu mets plusieurs actions dans une même case (T2 P22, P38 ou T4
P48)... Matz te donne des indications, tu travailles ça au story-board pour vérifier
que ça passe ?
Luc Jacamon : La mise en page reste à mon initiative. Matz
suggère un découpage à partir duquel je peux imaginer des insertions et des effets
qui vont dans le sens des ambiances que je dois traduire. Il y a entre Matz et
moi une sorte d'accord tacite qui fait que nous n'empiétons pas sur le travail
de l'autre et qui permet à chacun de s'exprimer pleinement.
Sinon, il n'y a pas de storyboard, j'aborde les planches au fur et à mesure. La
lecture de deux ou trois planches me suffit à visualiser ce qu'il m'est possible
de faire. Le crayonné s'affine ensuite en plusieurs étapes successives.
| Le Tueur T.2 page 23 |
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Parmi les innovations de Luc Jacamon, la narration de scènes d'action
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| Le Tueur T.4 page 48 |
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au travers d'images fondues en une seule case. |
Vincent : Dès ton premier album tu as adopté un dessin des personnages,
un graphisme original. Tu avais mûri ce dessin pendant tes études ? Tu as des
sources d'inspiration ?
Luc Jacamon : Le style de mon dessin s'est affirmé pendant
plusieurs années. Ceci à travers de multiples expérimentations techniques. Je
n'ai eu ni formation ni réelles influences. Je me suis essentiellement attaché
à trouver de bonnes sensations et à éviter les influences trop marquées. Les dessinateurs
clones sont trop nombreux et la production trop importante pour ne pas essayer
d'affirmer un minimum de personnalité. Je dirais même que c'est une question de
survie pour un dessinateur comme moi qui débarque.
Vincent : Dans le premier album tu entourais souvent tes personnages
d'un liseré blanc mais celui-ci a ensuite été supprimé. C'était pour mieux détacher
les personnages ?
Luc Jacamon : Le liseré blanc qui entourait certaines silhouettes
faisait partie de ces quelques "expérimentations" qui jalonnent un album,
voire une série et avait pour but de créer une petite vibration graphique au niveau
du trait (je suis obsédé par le trait que j'essaie de travailler avec beaucoup
de soin). Je l'ai abandonné ensuite.
incent : Il s’est écoulé près de 2 ans entre le T1 et le T2.
Pourquoi ? Tu prends beaucoup de temps pour chaque album et on sent une grosse
différence de maturité entre les deux albums… Tu fais beaucoup d'essais avant
de réaliser la planche définitive ?
Luc Jacamon : La difficulté est, dans une série, de pouvoir
avancer graphiquement sans remettre en cause l'homogénéité de celle-ci. C'est
peut-être ce qui explique qu'il y ait au moins un an entre chaque album.
Vincent : Ta technique d'encrage est bizarre : tu utilises un trait
hyper irrégulier... Tu fais ça avec quoi ? Par tous petits traits ou pleins et
déliés ?
Luc Jacamon : Encore une fois, le travail du trait retient
une fois toute mon attention, il est le résultat de mes recherches "d'outils"
: j’utilise un feutre calligraphique japonais à la pointe plate suffisamment solide
pour supporter mes tortures.
| Le Tueur T.2 page 9 |
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| De couleurs aux feutres, Luc Jacamon est passé à
l'utilisation d'une palette informatique. |
Vincent : Tu changes d'épaisseur de trait entre premier et second
plan que parfois tu n'encres d'ailleurs pas.
Luc Jacamon : Je n'encre pas systématiquement les arrières
plans de façon à donner un maximum de profondeur aux images. La couleur se suffit
alors à elle-même.
Vincent : Justement, quelle technique de couleurs utilises-tu
? Couleurs directes ou sur ordinateur ? Tu encres après ?
Luc Jacamon : Je ne dissocie pas la couleur du dessin. J'utilisais
auparavant une gamme de feutres d'environ 450 couleurs qui a fini par trouver
ses limites. J'utilise aujourd'hui l'ordinateur qui met à ma disposition 16 millions
de couleurs ! Je scanne donc mon trait au noir et j'effectue toute la mise en
couleurs sur écran à l'aide d'une palette graphique afin de reproduire au mieux
la gestuelle de ma main. Tout cela en évitant de tomber dans les pièges quelque
peu systématiques de l'ordinateur qui donnent des rendus assez froids. Cette technique
de mise en couleurs par ordinateur m'apporte pour l'instant un certain équilibre
mais reste malgré tout encore un véritable champ d'expérimentation et c'est aussi
pour ça qu'elle me plaît. On ne se refait pas !...
4 - Goûts et projets
Vincent : Tu lis pas mal de bd ou préfère le ciné, les
polars ?
Luc Jacamon : Je lis peu de BD, ce qui me permet peut-être
encore une fois de me dégager d'influences trop marquées. Ceci dit, j'apprécie
beaucoup le travail de Munoz, Breccia, Baru, Chauzy. Le cinéma et les polars font
également partie de ma nourriture, notamment le cinéma des frères Cohen. Il y
a également un polar récemment paru qui trouve une résonance particulière avec
notre série, à savoir Le Couperet de Donald Westlake, qui raconte l'histoire
d'un cadre moyen à la recherche d'un boulot et qui est prêt à liquider "physiquement"
tous ses concurrents sur son secteur d'activité qu'est la pâte à papier...
Vincent : Tu te consacres uniquement au Tueur ou tu as d'autres
activités (pour vivre ou pour le plaisir ?)
Luc Jacamon : Mon activité se focalise essentiellement sur
la série du Tueur mais je m'accorde cependant du temps pour l'illustration
publicitaire dans un style complètement différent.
Vincent : Quels sont tes projets pour les mois à venir
?
Luc Jacamon : D’abord finir la série du Tueur dans
les meilleures conditions possibles et peut-être essayer, après, d'écrire mon
propre scénario, histoire de tenter de nouvelles expériences...
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