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L'interview !

François Boucq

Auteur de Bouncer

propos recueillis par
Vincent Henry
Mise en ligne :
26 septembre 2001
Le plaisir de la lecture n’est jamais aussi grand que lorsque l’on découvre le nouvel album d’un auteur que l’on aime et que cet auteur a eu le courage, l’intelligence de se remettre en cause pour nous surprendre, nous émouvoir… C’est ce qui m’est arrivé à la lecture de Bouncer, le western dessiné par François Boucq sur un scénario d’Alessandro Jodorowsky : c’est à la fois du grand Boucq et pas tout à fait le Boucq que l’on connaissait jusqu’à présent. Explications du « Maître » lui-même.
Navigation rapide

1- Bouncer, album de genre
2- La collaboration avec Alessandro Jodorowsky
3- Graphismes et couleurs
4- Orphelin d'A suivre
5- Projets et coups de coeur

1 - Bouncer, album de genre

Vincent : Bouncer,  c’est un peu votre premier album « sérieux »...
François : La Femme du magicien et Bouche du diable, c’était sérieux aussi.
Bouncer T.1
Bouncer T.1

Vincent : Oui, mais c’était onirique. Bouncer est un album de genre avec beaucoup moins de poésie…
François : Là c’est la poésie de la cruauté, la poésie de la violence. C’est un autre univers. Ca fait partie des univers narratifs que j’aime bien aborder. Mais c’est vrai qu’il est d’avantage axé sur l’ « hardeur », l’action, un background familial d’où naît la tragédie…

Vincent : Quand je disais réaliste, je voulais dire que c’était la première fois qu’il n’y a pas de surnaturel.
François : C’est vrai. Un western ne se prête pas au surnaturel. Le Western, a priori, c’est terre à terre. Dans cette histoire-là, le surnaturel réside dans le conflit des psychologies, les circonstances, ce qu’on appelle dans la tragédie antique le « destin », destin qui noue les choses, les dénoue, qui fait en sorte que les personnages aillent vers l’objectif qu’il leur a fixé. C’est dans ce sens que je trouve que le surnaturel est présent mais sous une forme moins étiquetée, moins visible…

La femme du Magicien page 11
Jusque là, quand François Boucq mettait en image
les scénarios d'autres auteurs...
La Cathédrale Invisible page 71

... c'était toujours dans une veine fantastico-
onirique
Vincent : Le récit constitue une sorte de quête initiatique pour le jeune Seth
François : En fait, c’est quoi, une quête initiatique ? Il peut y avoir des tas d’initiations. Seth va vivre une initiation à l’art du revolver si on considère le revolver comme un art, c’est à dire une manière d’utiliser un outil pour se défendre. Quand on utilise un outil, que ce soit une truelle, un revolver ou un sabre, il y a un apprentissage, une manière de les prendre. Après, qu’est-ce qu’on inclut dans la notion d’apprentissage ? Est-ce que l’apprentissage se limite à une sorte d’artisanat technique ou est-ce qu’on peut y mettre également des notions un peu plus profondes du genre : « Quand quelqu’un est en face de nous avec un revolver, comment faire pour vaincre sa peur ? » On entre alors dans des domaines d’apprentissage beaucoup plus existentiels et beaucoup plus intéressants : un héros doit faire l’apprentissage de la peur, la violence, l’énergie au travers de l’assimilation d’une technique. Mais en même temps, Bouncer ne se veut pas uniquement un apprentissage, une quête initiatique. On voulait avant tout raconter une histoire âpre mais qui ait plus à voir avec la mythologie.

Vincent : Quand vous parlez de mythologie, vous ne faites pas référence à une mythologie particulière qui m’aurait échappé ?
François : Non, l’histoire est notre invention. Mais on sent que les choses se mettent en place d’une façon inéluctable, comme dans la tragédie. On sent que les personnages sont obligés d’aller vers leur destin et que la question est de savoir si le personnage va parvenir à s’échapper de la chaîne infernale des enchevêtrements du destin ou au contraire finir par périr. Je ne sais pas encore quel sera notre choix mais c’est dans cette construction-là que nous nous sommes engagés.

Bouncer T.1 page 37
Le Bouncer partage la vedette avec le jeune Seth
Vincent : La fin peut encore changer ?
François : Ah oui ! A moins qu’Alessandro ne me prépare une fin dont il ne veut pas encore me parler. Mais jusqu’à présent on a construit l’histoire au fur et à mesure. On a une trame, une direction mais tout peut encore évoluer au fur et à mesure de nos décisions.

Vincent : Le personnage principal du récit, c’est l’enfant ou le Bouncer ?
François : Pour l’instant, c’est plutôt le Bouncer. Mais l’enfant peut très bien jouer un rôle important. Pour l’instant on ne sait pas ce qu’il va donner dans le futur. Dans la bande dessinée, ce qui est bien c’est qu’on peut la vivre comme on vit la vie. Je ne sais pas ce qui va m’arriver demain : un certain nombre de circonstances que j’ai mises en place me font croire que, demain, je devrais faire telles choses à tel endroit avec telles personnes. Mais en même temps je ne sais pas ce que seront réellement les conditions demain… Avec Alessandro on a tendance à penser que c’est sur le moment que l’histoire peut se révéler. On crée les conditions mais en même temps on laisse la possibilité à l’imprévu de fertiliser l’histoire. C’est également vrai quand je travaille seul.

Vincent : Il faut lire Bouncer au premier degré ou au deuxième ?
François : Je crois qu’une bande dessinée se lit au premier degré. Même une bande dessinée au n-ième degré. En tout cas une bande dessinée d’aventure doit se lire au premier degré pour que le lecteur la vive en se mettant à la place du personnage. La bande dessinée humoristique s’écrit comme si les personnages vivaient tout au premier degré et c’est la graduation du regard du dessinateur qui va amener le lecteur à concevoir le premier, le deuxième, le troisième ou le quatrième degré. Mais dans un premier temps je crois qu’on lit tout au premier degré. C’est après coup qu’on se dit : « Non, c’est pas possible ! Là, il se fout de ma gueule ». Donc c’est un deuxième degré mais qui n’arrive pas simultanément mais avec un petit temps de latence.

Vincent : Dans Bouncer on va tellement aux limites du genre qu’on est en droit de se poser la question…
François : Oui mais en même temps dans la manière dont je raconte cette histoire, mon objectif est de faire croire que c’est vraiment du premier degré. Les mecs ont vraiment vécu ça, ils sont vraiment dans ce type de conflits familiaux et vraiment ils ont envie de se venger. Si on ne croit pas à ça, on ne peut plus croire à l’histoire. Il faut que les mecs soient impliqués dans leur vengeance, impliqués au premier degré. Sinon l’aventure ne marche plus.

La Cathédrale Invisible
Bouncer est l'album des retrouvailles pour Boucq et
Jodorowsky déjà partenaires pour les deux albums
de Face de Lune en 1992 et 1997

2 - La collaboration avec Alessandro Jodorowsky

Vincent : Quand vous parlez du scénario, on vous sent très impliqué par l’histoire. Comment se passe la collaboration avec Jodorowsky ? Il vous raconte l’histoire, vous la mime comme cela lui arrive avec d’autres auteurs ?
François : Non, pas du tout. On discute de ce qu’on pourrait raconter et à partir de tout ce qu’on a pu dire, Alessandro invente les séquences, écrit le dialogue. Après j’interviens pour découper, choisir les plans, en fait j’organise la mise en scène. Et à ce moment là encore l’histoire peut évoluer et prendre un tour un peu différent.

Vincent : Au sens où vous rappelez Alessandro pour lui proposer des modifications ?
François : Par exemple, je peux lui dire : « Tu vois, il y a trois scènes de violence à la suite l’une de l’autre, elles risquent de s’annuler, il vaudrait mieux en enlever une pour qu’elles gardent leur puissance ». On en discute, on décide quelle scène on supprime et quelle scène on met à la place… Il peut aussi arriver qu’au moment où je dessine, je me dise : « On ne va pas garder tel élément, on prendra plutôt tel autre qui semble plus cohérent avec le reste de l'histoire ». Et si Alessandro adopte mon point de vue, on change. Parfois il propose une autre idée plus intéressante et c’est elle qu’on retient. C’est une sorte de brassage perpétuel de la même histoire qui tourne dans tous les sens avant de trouver sa forme définitive.

Vincent : Pourquoi utilisez-vous un traducteur ?
François : Alessandro n’a aucun problème pour parler français ni pour le comprendre mais il aime bien écrire dans sa langue maternelle, l’espagnol et faire traduire ensuite afin que soient utilisés les mots les plus justes possibles une fois le scénario transposé dans notre langue. Et il a des scrupules à faire lui-même la traduction.

Vincent : Pourquoi ce retour à une collaboration avec Jodorowsky ?
François : Parce que j’aime bien travailler avec lui, c’est très agréable. Et de la même manière que pour La Cathédrale invisible, il y a eu un engouement très fort entre nous pour le western. C’était à la fois un plaisir non pas enfantin mais juvénile de décrire cet univers… et en même temps une gageure d‘aller sur un terrain déjà pratiqué par des grands dessinateurs et raconteurs d’histoire. Ce qui est agréable quand on s’inscrit dans un genre, c’est que celui-ci fixe un cadre. Et ce cadre permet d’exprimer un certain nombre de choses sans avoir à expliquer pourquoi on en arrive là. Si on exacerbe autant la violence, c’est aussi parce que les conditions du western nous le permettent. D’emblée on peut propulser le lecteur dans des domaines de sa personnalité qui lui sont inconnus puisqu’il n’a pas été forcément confronté aux mêmes expériences que le personnage. Et on lui dit que c’est vrai, que c’est possible, puisque le cadre du western le permet, le lecteur l’a déjà en lui.

Western
Bouncer sort deux mois après " Western " réalisé
par deux autres maîtres de la BD, eux aussi
néophytes pour le western

Vincent : C’est amusant, Van Hamme et Rosinski ont eu envie du même défi au même moment (Western)
François : Oui ! C’était sans se concerter et en plus avec un personnage qui est lui aussi manchot. D’un seul coup, alors que les albums sont terminés, on s’aperçoit qu’on a fait une histoire qui n’est pas identique mais où le personnage principal perd son bras. Un incroyable concours de circonstance. Pour moi, là ce sont éléments surnaturels. Pas besoin de les avoir à l’intérieur du bouquin, la réalité nous en donne elle-même des exemples frappants !

3 - Graphismes et couleurs

Vincent : En ouvrant le livre, ce qui frappe d’entrée c’est le changement radical de votre palette de couleurs. Vous avez renoncé à les faire vous-même ?
Bouncer T.1 page 38
Pour Bouncer, F. Boucq a remplacé sa plume par
le pinceau et choisi de confier la mise en couleurs
à d'autres...
François : J’ai choisi de travailler avec des coloristes. Le premier à être intervenu sur les planches est un américain, Ben Dimagmaliv. Et ensuite, comme ce n’était pas possible pour moi d’aller aux Etats-Unis pour travailler avec lui, j’ai rectifié ses couleurs avec un autre coloriste, Fructus, qui lui est français. Ce que je voulais dans l’harmonie colorée, c’était rendre une ambiance de terre : les personnages sont en permanence dans la nature, dans les éléments et ces éléments doivent être vus, sentis. En même temps les habits des hommes de l’Ouest n’étaient pas très colorés, c’était des habits bas de gamme qui protégeaient sans être forcément très élégants ni très chatoyants. A part peut-être ceux des Indiens. Mais Bouncer n’est pas une histoire de cow-boys et d’indiens, c’est plutôt une histoire d’hommes rustres. Les couleurs plus sombres proviennent aussi d’une volonté de créer une ambiance plus sourde, plus mêlée à la matière et les éléments.

Vincent : D’habitude, c’est vous qui faisiez vos couleurs ou vous aviez un coloriste attitré ?
François : La plupart du temps je travaillais avec des coloristes qui m’avançaient mes couleurs, c’est à dire qui commençaient à mettre les grandes masses sur les pages et moi je revenais pour mettre les lumières, les matières. Mais cette fois j’ai pris le parti de laisser quelqu’un d’autre travailler complètement sur mes dessins. C’est un risque énorme quand on a l’habitude de faire ses couleurs soi-même. Et finalement le résultat me plaît bien…

Bouncer T.1 page 16
Pour réaliser les dessins de paysages, F. Boucq
s'est rendu aux Etats Unis effectuer des repérages

Vincent : Il n’empêche que vous avez été obligé de faire retoucher la première mise en couleurs.
François : C’est vrai, il faut quand même que ça corresponde parfaitement à ce que je veux. Par exemple, la couleur par ordinateur a une texture qui n’est pas forcément la texture de la matière, de la terre. C’est une texture un peu plastique ou métallique. Donc il faut utiliser les possibilités de l’ordinateur pour perturber cette esthétique-là.

Vincent : C’est votre premier album mis en couleur avec l’aide de l’ordinateur ?
François : Tout à fait, oui.

Vincent : Même votre trait a bougé, il est plus chargé, plus charbonneux. Et au contraire certains arbres sont rendus par un simple trait qui en fait le tour. Vous avez cherché à modifier votre graphisme ?
François : J’ai surtout cherché à découvrir d’autres possibilités graphiques. Ce n’est pas tant pour changer à tout prix mon graphisme que pour trouver des registres dans lesquels je n’étais pas allé. Par exemple le dessin au pinceau avec des hachures, un noir et blanc beaucoup plus travaillé que ce que j’avais fait auparavant, c’était quelque chose que j’avais mis de côté depuis des années. Et j’avais envie d’utiliser les possibilités de la hachure pour créer des lumières particulières sans avoir systématiquement recours à la couleur pour le faire. C’était une recherche dans une direction nouvelle pour moi et je m’aperçois qu’il y a encore plein de choses à faire dans ce domaine…

Vincent : Vous n’aviez jamais travaillé au pinceau. Pourtant vous jouez énormément sur les pleins les déliés ?
François : Non, non. Tous mes albums ont été réalisés à la plume.

Bouncer T.1 page 13
Les cases allongées permettent de mieux rendre
l'immensité des paysages...
page 21
…aussi bien que l'étroitesse ou la confidentialité
de certains intérieurs

Vincent : On a l’impression que même dans la forme des visages, dans les paysages, il y a une volonté de ne pas trop faire du « Boucq »… de retourner vers un certain classicisme.
François : C’est un problème aussi d’adaptation. Quand on observe les montagnes de la Monument Valley, on y découvre une architecture très graphique. Ces stries très régulières qu’il y a dans la composition de la roche deviennent des éléments graphiques que je peux mettre à profit pour évoquer à la fois l’espace et la matière. Placés à l’endroit correct ce sont des éléments du dessin qui vont accentuer la crédibilité de l’espace.

Vincent : Tous les paysages sont travaillés d’après photos ?
François :
J’ai fait plusieurs voyages aux Etats Unis pour faire des photos dans la perspective de réaliser ces images. Je n’avais pas encore le scénario en tête à ce moment là, alors j’ai brassé tous azimuts. En plus j’ai des bouquins de photos qui traitent des Etats Unis, j’en ai aussi sur les personnages et leurs costumes. Je voulais réussir à approcher le plus prêt possible la réalité des accoutrements de ces mecs-là qui étaient habillés d’une façon très spécifique. Je souhaitais me rapprocher davantage des daguerréotypes ou des photographies de l’époque que des films américains. Bien sûr, j’ai regardé des films de western « en veux-tu, en voilà ». Mais finalement ce qui me plaisait le plus c’est l’étrangeté qu’il peut y avoir dans les photographies de ces gens qui ont vécu la conquête de l’Ouest. Quand on regarde les vieilles photos, il y a un mystère qu’il est intéressant d’utiliser pour figurer les personnages de bande dessinée.

Vincent : Du point de vue des cadrages, vous utilisez beaucoup les panoramiques. Je me suis amusé à faire une comparaison avec certains de vos anciens albums et, pour Bouncer, vous travaillez beaucoup plus dans la largeur, avec des effets cinématographiques.
François : C’est vrai. Quand on a une case comme celle de la page 13 qui va d’un bout à l’autre de la page dans le sens de la largeur, on a une sensation d’espace beaucoup plus grande que quand on a des cases qui viennent s’accumuler les unes à côté des autres, où chaque case, en fait, participe à l’annulation de l’espace de la case précédente. On peut avoir la sensation que l’espace se continue derrière à l’infini de part et d’autres du dessin, il n’y a aucune obstruction. Page 21 ce n'est pas tout à fait la même chose : on peut aussi jouer entre la confidentialité des lieux intérieurs et en même temps, la vastitude des espaces extérieurs.

4 – Orphelin d’A suivre

Point de fuite pour les braves couvertures
F. Boucq était présent chaque mois dans A Suivre
avec ses différentes séries humoristiques

Vincent : Bouncer paraît chez les Humanos, c’est un choix de Jodorowsky ?
François : Non, c’est un choix accepté de part et d’autre. Ca ne me gênait pas du tout d’aller travailler  aux Humanos, je le leur avais même promis depuis longtemps. Vient un moment où on ne peut plus être absolument fidèle à un éditeur parce qu’il faudrait que l’éditeur vous soit fidèle or ce n’est pas forcément le cas. Et donc, pour pouvoir être mieux organisé du point de vue de la création, il vaut mieux maintenant avoir plusieurs éditeurs. La période du tout Casterman est révolue, pour moi en tout cas. Je me sens l’envie d’aller voir ailleurs.

Vincent : Vous resterez chez Casterman pour les albums de la veine comique ?
François : Non, pas forcément, j’irai un petit peu partout. De toute façon j’ai envie de continuer les personnages de la Mort et de Jérôme Moucherot que j’aime bien dessiner. Ce que je demande à un éditeur, c’est simplement de faire de son mieux pour promouvoir et vendre mes albums.

Vincent : L’éditeur ne joue pas pour vous un rôle majeur dans la construction des livres ?
François : Ce n’est pas facile de répondre à cette question ! Depuis des années je bénéficie d’une grande liberté que ce soit chez Casterman ou chez les Humanos. On ne nous fait pas de remarque ou juste sur des points de détail : « Là il faudrait peut-être ajouter une onomatopée parce qu’il manque un élément de compréhension ». Sinon, je n’ai jamais reçu de directions éditoriales très contraignantes ! Et je me suis toujours plutôt bien senti avec les différents éditeurs avec qui j’ai travaillé.

Les Aventures de Jérôme Moucherot T.4
Jusqu'à présent la quasi totalité des albums de F.
Boucq étaient parus chez Casterman.

Vincent : Vous vous sentez orphelin après l’arrêt d’A suivre ?
François : Oui, je crois que c’est une grave erreur pour Casterman d’avoir arrêté de bénéficier d’un journal. Je pense que les gens qui nous ont laissé entendre qu’ils allaient en faire un autre nous ont dupés. Mais ils ne se rendent pas compte à quel point un journal n’est pas uniquement un organe de presse qui doit être rentable en lui-même. Bien sûr qu’il doit être rentable ! Mais il est essentiel en bande dessinée de raconter régulièrement quelque chose pour quelqu’un. Et un journal offre cette possibilité-là. La bande dessinée doit se faire, je pense, dans un temps relativement court. Et la régularité d’un journal impose de faire des planches régulièrement, qu’elles tombent quoi qu’il en soit. Et ce rythme de parution correspond au temps de création nécessaire pour bien raconter une histoire. Si on va au-delà, qu’on sophistique trop ses dessins, on oublie l’histoire au profit de l’image. D’autre part la publication dans un journal incite l’auteur à une certaine production. Figurer souvent dans un journal, c’est bénéficier d’un retour du public mais aussi devoir enquiller les histoires les unes derrières les autres et par la même occasion faire des progrès. La bande dessinée est liée à l’épisodie, il faut qu’une BD soit vue régulièrement : la sortie des albums  n’est pas suffisante, il faut entretenir une relation suivie avec un lectorat. Quand les albums sont tirés, ils peuvent se vendre ou non… Le journal offre la possibilité à un plus grand nombre de dessinateurs d’être lus et par bien plus de lecteurs  que leur album sortant dans une foultitude d’albums. Et ce ne sont que quelques arguments parmi tous ceux qui militaient pour la continuation d’A Suivre.

Les Aventures de la Mort et Lao Tseu
Jérôme Moucherot, La Mort et Lao Tseu devraient
connaître de nouvelles aventures, à Casterman ou
ailleurs...
Vincent : Par contre, A Suivre n’était pas un creuset créatif ? Vous vous voyiez peu entre auteurs…
François : Ce n’était pas comme à Fluide Glacial où les dessinateurs se voient régulièrement. A A suivre, on ne se voyait qu’occasionnellement. J’allais livrer mes planches, et tiens Tardi livrait ses planches le même jour alors on se voyait, on allait boire un coup. On a pu participer à la création du journal même sans se voir. Quand un journal est stimulant, la création va passer par des voies parfois surprenantes qui ne sont pas nécessairement celles de la relation directe. Ca tient également de l’alchimie du rédacteur en chef, et de tout un tas de choses.

Vincent : Au début d’ailleurs vous avez commencé par travailler pour la presse.
François : J’ai toujours aimé participer à la presse, que ce soit les hebdos d’actualité avec des caricatures politiques, du dessin éditorial ou que ce soit les journaux BD. J’ai participé à Fluide Glacial, Pilote, Mormoil. C’était des journaux de bande dessinée très dynamiques. A l’époque c’était l’éclosion de toute l’équipe Pilote qui allait dans tous les azimuts. J’ai toujours trouvé très stimulant pour la créativité de voir ses pages publiées à coté des pages de grands dessinateurs : tout d’un coup on voit la distance qui nous sépare et ça nous oblige à travailler.

Gargantua et Pantagruel de Battaglia
Les éditions Mosquito, éditeur associatif
grenoblois...
Sharaz-De de Toppi
… permet à des auteurs tels que Toppi ou Battaglia
réputés mais pas très " commerciaux " d'être
publiés en France.

Vincent : Maintenant, vous êtes réputé être un des dessinateurs avec le plus de facilité.
François :
Je ne sais pas. Ce que je peux dire, par contre, c’est la joie que j’éprouve à dessiner. J’ai énormément de plaisir à découvrir mes propres dessins. Après bien sûr je vois toutes les erreurs, ce que je n’aurais pas du faire ou faire autrement. J’adore dessiner le dérisoire ou le fantastique pour la part de mystère que recèle le fait qu’une forme puisse suggérer quelque chose en dehors de la réalité tout en apparaissant réelle.

5 - Projets et coups de coeur

Vincent : Vous avez d’autres activités que la bande dessinée ? Vous avez, paraît-il participé à l’organisation du carnaval de Lille ?
François : C’était il y a de nombreuses années. Dernièrement pendant près d’un an, j’ai été journaliste pour France 3 Nord, je rencontrais des personnages loufoques… J’ai dû apprendre à leur tirer les vers du nez, ce qui était parfois assez délicat. J’ai aussi réalisé un court métrage, une expérience que j’ai vachement aimée. En fait, tout ce qui a trait à l’image me passionne. Et quand je suis en voyage, que je ne suis pas trop pressé, je fais des aquarelles.

Vincent : Vos projets en BD ?
François : Bien entendu finir le Bouncer et puis aussi continuer Jérôme Moucherot et la Mort. J’aimerais tout faire, alors je passe de l’un à l’autre.

Vincent : Quel est votre coup de cœur dans les dernières parutions BD ?
François : Il y a plein de mecs que j’adore. Mais je vais parler de deux albums pas connus du tout parus chez Mosquito. C’est une petite maison d’édition culottée qui fait un boulot remarquable pour rééditer certains auteurs injustement oubliés ou insuffisamment publiés. Je pense donc au Gargantua et Pantagruelde Battaglia et au Sharaz-De de Topi, deux superbes albums qu’ils viennent de sortir.

Interview réalisée au mois de juin 2001
Vincent
26 septembre 2001

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